Homélie prononcée par le père Henri Laux, en l’église Saint-Ignace, le lundi 30 septembre

Homélie 30 septembre 2013 / Luc 9, 46-50

La condition du disciple…

 

 

Jusque là, Jésus s’était beaucoup révélé à travers ses actes : des guérisons nombreuses, le pardon des péchés, la multiplication des pains, des paraboles disant l’esprit du Royaume ; il s’était révélé dans sa gloire sur la montagne, et partout il avait montré sa manière d’accueillir chacun. Le groupe des disciples devait bien comprendre quelque chose de tout cela.

 

Pourtant, ce jour-là « une question leur vint à l’esprit ». Ils ne l’avouent pas trop, mais elle est en eux ; elle vient de ce qu’il y a en eux. Elle s’insinue dans leur conscience, comme une tentation ; elle les ronge. C’est un trouble, une crainte. Lequel d’entre eux pouvait être le plus grand ? C’est donc cela qui les préoccupe, encore et toujours. Et Jésus le sent bien, il le voit. Leur question est d’autant plus à rebours de ce que devrait leur apprendre la présence de Jésus, que celui-ci vient juste d’annoncer sa passion pour la deuxième fois, et, bien sûr, ils n’ont rien compris à ce discours. Au contraire, ils pensent à eux, à une supériorité, à du pouvoir. Ils se comparent. Ils se suspectent. Alors en ce point précis Jésus indique un retournement complet. Il le signifie non pas par un raisonnement mais par une image, car on est toujours davantage persuadé par une expérience ou par une image forte. C’est l’image de l’enfant. C’est l’accueil du petit, et finalement l’accueil tout simplement, qui est premier, parce que dans le moindre geste d’accueil, c’est l’autre qui devient grand. Alors tout est changé. La grandeur n’est plus une supériorité. Ce qui est grand, c’est de se donner.

 

Mais autre chose vient encore à l’esprit des disciples, et là ils l’expriment ouvertement par l’un d’entre eux : les autres font du bien, mais ils n’ont pas le droit de le faire parce qu’ils ne sont pas avec nous ; ils ne sont pas comme nous. Nouvelle tentation, pas sans lien avec la première. Pour être grand soi-même, l’autre doit être rabaissé. La vérité est d’un côté, un seul. Elle doit être défendue coûte que coûte, comme une certitude qui n’est jamais entamée par une question, par une nouveauté. Et là aussi, Jésus vient retourner les perspectives. N’empêchez pas le bien, sous les formes qui vous déconcertent. N’acceptez pas n’importe quoi, mais reconnaissez toutes les traces de la vie aujourd’hui, d’où qu’elles se manifestent. A nouveau, soyez dans l’accueil, car c’est là que vous trouverez votre joie, ce quelque chose qui ne s’insinue pas, comme la crainte, mais qui vous habitera et vous transformera.

 

Et j’imagine que par bien d’autres paroles, Jésus éveillait ses disciples au sens de leur nouvelle vie. Oui, il y a quelque chose comme une énigme de la vie du disciple. Une énigme que les douze peinaient à déchiffrer. Et, il faut bien le reconnaître, une énigme pour nous aussi aujourd’hui. Qui peut dire qu’il comprend en vérité la condition du disciple ? Bien sûr, nous avons quelques repères pour cela ; l’Evangile est quand même un peu passé par là. Mais quel chemin il reste à faire ! Quel chemin, oui, pour chacun de nous, pour nos communautés d’appartenance, pour notre Eglise dans son ensemble, dans sa hiérarchie comme dans le plus modeste de ses membres. Chacun doit entendre ces paroles de Jésus aux disciples. On n’en aura jamais fini de découvrir jusqu’où va l’accueil du plus petit et l’accueil du plus différent.

 

Alors, il nous est bon en ce jour d’entendre cette énigme de la vie du disciple, et de nous dire que quelque chose nous sera donné pour la déchiffrer si nous nous ouvrons avec confiance au travail de l’Esprit. Notre cœur doit en être marqué. Notre intelligence aussi sera sollicitée ; dans l’étude, elle aura vocation à se laisser transformer. La vie intellectuelle est toujours recherche et découverte, pour l’enseigné comme pour l’enseignant. Nos parcours respectifs ne consisteront pas dans l’accumulation de savoirs. Il nous faudra même désapprendre beaucoup de nos logiques anciennes pour entrer dans le monde nouveau du disciple. Les disciples d’hier ne savaient pas comment être des disciples ; ils se trompaient sur à peu près tout ; et pourtant ils sont allés jusqu’au bout du témoignage. Nous-mêmes ne savons pas beaucoup plus, probablement même beaucoup moins, et peut-être rien du tout – ou presque, mais il nous est donné aujourd’hui encore d’entendre l’appel du Seigneur à vivre avec lui de son esprit d’accueil.

 

Alors, que  notre année soit tout entière une écoute joyeuse de cet appel. Et l’énigme s’éclairera. Et quand « une crainte ou une illusion nous viendra à l’esprit », comme hier pour les disciples, elle ne nous empêchera plus d’avancer avec lui sur la route de Jérusalem.

 

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