Roberto Rossellini et le miracle du cinéma moderne
roberto rossellini
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Journée d’études au Centre Sèvres animée par Damien BERTRAND, critique de cinéma et réalisateur de documentaires

Plus de 70 ans après leur réalisation, les films de Roberto Rossellini restent toujours aussi brûlants. Le spectateur qui, s’apprêtant à les découvrir pour la première fois, s’imagine pénétrer dans un mausolée avec le respect un peu policé que l’on réserve généralement aux grandes œuvres du passé, sera stupéfait par leur sens de l’urgence et leur puissance émotionnelle intacte. C’est en épousant, en prise directe avec l’actualité, les méandres de l’histoire du XXè siècle que Roberto Rossellini, né en 1906 et mort en 1970 à Rome, créa, sur les décombres encore fumants de la Seconde Guerre Mondiale une nouvelle manière d’ausculter le réel, fondant une de ces œuvres essentielles qui justifient que le cinéma soit considéré comme un art.

Naissance du néo-réalisme italien

La contingence décida largement de ce geste de création moderne. Ce n’est qu’après avoir réalisé trois films pour le régime de Mussolini que Rossellini de bouleversera le cours de l’histoire du cinéma avec Rome Ville Ouverte (1945). Cet acte de naissance du néo-réalisme italien, fut écrit et réalisé pendant les dernières heures de la libération, alors que l’industrie du cinéma italien était littéralement décimée. Tourné avec des fragments de pellicules, mêlant fiction et documentaire, comédiens amateurs et professionnels, images de studio et séquence tournées dans des rues encore largement balafrées par les impacts de balle, le film crée, avec son esthétique éclatée et fragmentaire, une rupture fondamentale avec un cinéma classique obsédé par l’homogénéité de la forme. Dans Païsa (1946), composé de sketches dont l’addition fait fresque et plus encore avec dans Allemagne année zéro (1948), qui se clôt sur le scandale absolu du suicide de l’enfance pulvérisée par les ruines du nazisme, Rossellini invente un suspense du temps réel, une manière d’enregistrer au microscope les stigmates de l’angoisse sur les visages de ses personnages en proie à une attente insoutenable.

Le geste rossellinien et la figure de la révélation

En s’éloignant de l’esthétique du néoréalisme pour convoquer dans sa vie et dans ses films l’icône hollywoodienne absolue que représente Ingrid Bergman, le geste rossellinien prend un tour plus radical encore. A travers le corps de l’actrice et la figure contrariée du couple, l’Occident tout entier affronte le désarroi d’un nouveau demi-siècle encore hanté par les stigmates du nazisme. Avec Stromboli, Europe 51 et Voyage en Italie, le cinéma s’ouvre au surgissement de la beauté plutôt qu’à sa domestication, et quitte brutalement les rives des « grands sujets » : rien n’existe en dehors de la matérialité triviale des images et de sons, et la mise en scène de Rossellini, ne peut se lire que par l’étude de leur agencement, et des figures de terreur et de dysharmonie qu’elle enregistre. Ce cinéma du temps filmé en prise directe avec le réel n’a que faire des grands sujets, des fioritures, des effets de signature artistique. Une star américaine se cogne à toutes les portes fermées de la réalité d’un pays qui n’est pas le sien, c’est pour ainsi dire, le seul sujet, et la seule matière esthétique des films avec Ingrid Bergman. D’où l’irruption, dans son cinéma ; de la figure de la révélation comme seule issue possible d’un calvaire qui meurtrit les âmes et d’une dimension cosmique qui culminera avec India, visions de ce pays où il a fait « un beau voyage ».

Postérité

Au mitan des années 60, Rossellini bifurque vers une approche encyclopédique pour la télévision, où il tente de consigner l’histoire de l’humanité et celle de ses grands hommes. Mais la source qui a jailli de son cinéma ne s’est jamais tarie : elle fut la première raison d’être des films de Jean-Luc Godard, et, plus largement, de la nouvelle vague française des jeunes cinémas révolutionnaires qui ont essaimé dans le monde entier jusqu’à la fin des années 70.

 

A propos de Damien Bertrand

Critique et réalisateur de documentaires  sur le cinéma (« Contre la montre : Jerzy Skolimowski », « Instantanés du 20è siècle : Annett Wolf », et le jazz (« Le cerveau du Jazz polonais », « Emile Parisien Quartet »), il écrit dans diverses revues (Repérages, Trafic), ouvrages collectifs (sur Samuel Fuller, Raoul Walsh) et collabore régulièrement avec la Cinémathèque Française : programmation et animation de séances, texte de programme et montages vidéos autour de Jean-Daniel Pollet, Nicholas Ray, Skolimowski, Wolf… »

Date de début :
samedi 11 juin 2022
Date de fin :
samedi 11 juin 2022
Horaires :
de 10h à 19h

Avec ces enseignant(e)s :

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samedi 11 juin 2022
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samedi 11 juin 2022
Horaires :
de 10h à 19h
Ouvert à tous, participation libre