Teilhard de Chardin et la phénoménologie

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Avec le Phénomène humain et les essais qui l’ont précédé tout au long des années 1930 puis le suivront, Teilhard développe une approche phénoménologique fondée sur les acquis scientifiques qui bouleversent la physique depuis l’« année miraculeuse » d’Einstein, en 1905. Déjà ébranlée par la théorie de l’évolution, et les découvertes du temps long de la géologie et de la paléontologie, Teilhard estime que la position philosophique traditionnelle reprise par l’enseignement théologique de l’Eglise avec le néothomisme, n’est plus tenable. Elle rend presque schizophrènes les scientifiques chrétiens qui suivent l’évolution des idées tant devient abyssale la contradiction entre ce qu’ils voient dans leurs domaines de connaissance respectifs, et, non pas les dogmes centraux du christianisme, mais leur interprétation dans le cadre d’un néothomisme qui a presque sacralisé la physique d’Aristote. Teilhard veut réconcilier la foi et la raison, en se mettant dans les pas du Cardinal Newman, le « grand cardinal » comme il aimait à dire, et en intégrant dans la théologie les acquis irréfutables de la science de son temps.
Dans cette perspective et cette ouverture à la science qu’il considère comme vitale pour l’avenir du christianisme, Teilhard développe une nouvelle manière de VOIR les choses, inspirée de celle de physiciens comme N. Bohr ou L. de Broglie, et qu’il définit comme sa phénoménologie. Cette science du VOIR, version Teilhard, jouera ensuite un rôle absolument fondamental dans la rénovation théologique souhaitée. Teilhard sera le premier à VOIR le rôle de la dynamique de l’infiniment complexe dans la création des structures qui émergent tout au long de l’évolution depuis le big-bang initial, l’atome primitif de Georges Lemaître compatible avec les équations d’Einstein. Aujourd’hui, le modèle standard de la cosmologie actuellement en vigueur qui intègre l’inflation de l’univers suite à la découverte par hasard du fond diffus par Penzias et Wilson, en 1964, est lui-même en évolution car la matière « visible » avec nos instrument d’observation ne peut pas, semble t-il, expliquer la forme des galaxie.
Il faut préciser ici que la phénoménologie de Teilhard a peu de choses en commun avec le courant philosophique de même nom qui émerge à la même époque des travaux du philosophe et mathématicien allemand Edmund Husserl. Si le projet de ce dernier était, en matière philosophique, de « revenir aux choses même » à partir des intuitions premières de la conscience, le projet de Teilhard était de revenir au Réel à partir des nouveaux savoirs de la science.
Longtemps incompris par l’Eglise, le travail de refondation entrepris par Teilhard verra un premier aboutissement dans le concile Vatican II. Jean-Paul II en reprendra l’intention dans sa lettre encyclique Ratio et fides, et aussi avec la tenue au Vatican en 1992 d’une réunion de l’Académie Pontificale des sciences entièrement consacrée à l’Emergence de la complexité, où le pape donnera quelques orientations prémonitoires dans son discours de clôture. Enfin, l’encyclique Loué sois-tu du Pape François, intègre pour une bonne part l’apport teilhardien dans sa réflexion sur le « Tout est lié ».

Proposition de découpage des 5 séances
Séance N°1 : La perspective phénoménologique de Teilhard de Chardin
Nous partirons du texte du tome XI des OC, Les directions de l’avenir, chapitre 13, Un sommaire de ma perspective phénoménologique du monde. Point de départ et clef de tout le système, texte daté de janvier 1954.

Séance N°2 : Le renouveau de la phénoménologie scientifique
Qu’est ce qu’une révolution scientifique, selon K. Popper, selon T. Kuhn ; une mise au point sur la théorie irrecevable des paradigmes en physique et en mathématique. Mise en perspective à partir d’une étude de Pierre Hadot, Le voile d’Isis, commentant un fragment d’Héraclite : « La nature aime à se cacher » et la naissance de « l’ordre démonstratif » chez les Grecs à partir du livre de Jean-Pierre Vernant, Les origines de la pensée grecque.
L’apport de François Gonseth avec l’exemple de la complémentarité à partir de son texte, Remarque sur l’idée de complémentarité, Dialectica, 1948 ; que nous donne à voir de plus, et/ou de mieux, la révolution de la relativité et des quanta, la physique de l’émergence du More is different de Ph. Anderson, et/ou de l’ It from bit de J. A. Wheeler.
Invité : un physicien

Séance N°3 : La phénoménologie des philosophes
Edmund Husserl, Martin Heidegger, Jean-Paul Sartre, Maurice Merleau-Ponty, Paul Ricoeur, Michel Henry, Jean-Luc Marion, …
Voir la problématique des deux cultures avec l’ouvrage de C.P. Snow, The two cultures and the scientific revolution, 1959 [Rede lecture, Université de Cambridge] et celui de Michael Polanyi, Personal knowledge – Towards a post-critical philosophy, 1958, abondamment utilisé par A. Dulles dans son livre Craft of theology.
Animateur : Gérard Donnadieu

Séance N°4 : La métaphysique du VOIR chez Teilhard
Revisiter ce que Teilhard appelle parfois une « hyperphysique » à partir des sciences de l’information. La science des modèles : ou comment matérialiser l’abstrait, cette seconde forme somatique pour reprendre une expression de F. Gonseth ; apprendre à « VOIR » les abstractions (construction, intégration, grammaire/langage), la complexité, le « Tout est lié » du Pape François dans Loué sois-tu. Retour sur le fragment d’Héraclite N°89 : « … les hommes éveillés ont un seul univers, qui est commun, alors que chacun des dormeurs s’en retourne dans son monde particulier » ; accéder à l’universel avec Teilhard, Le cœur de la matière et Le Christique.
Exemples : VOIR l’évolution, VOIR la complexité, etc., Horizon de perception selon F. Gonseth.

Séance N°5 : Actualiser la perspective phénoménologie sans trahir Teilhard– La logique systémique du « Tout est lié »
J-H. Newman et l’évolution des dogmes chrétiens, avec son Essai sur le développement de la doctrine chrétienne ; les modalités du raisonnement et de la construction de la vérité, avec sa Grammaire de l’assentiment.
Avery Dulles, The craft of theology et l’apport des modèles à la réflexion théologique.
Contour d’une hyperphysique à la lueur des acquis de la science de ces cinquante dernières années, en particulier l’apport épistémologique de F. Gonseth – avec la notion de ‘Référentiel’ – et de la science des modèles, à partir de la conférence de von Neumann au colloque de Columbia, octobre 1954, dernier grand colloque auquel participe Teilhard.

Le séminaire est ouvert à des enseignants et chercheurs ainsi qu’à des étudiants en cycle doctoral. Le nombre de participants est limité.
Pour toute précision, contacter Jacques PRINTZ : printz.conseil@wanadoo.fr ou Gérard DONNADIEU : gerard.donnadieu@wanadoo.fr

Photo ©DR

Strictement réservé aux étudiants inscrits en cycle diplômant.

Avec :

Gérard DONNADIEU

Ingénieur des Arts et Métiers, docteur en sciences physiques, président d’honneur de l’Association des Amis de Pierre Teilhard de Chardin.

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Jacques PRINTZ

Professeur émérite du Conservatoire national des Arts et Métiers (chaire de génie logiciel), fondateur du Centre de maîtrise des Systèmes et du Logiciel.

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