Samuel Fuller, un iconoclaste à Hollywood

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L’oeuvre de Samuel Fuller, (1912-1997), l’un des cinéastes les plus originaux de sa génération, a vivement contribué au passage à l’âge adulte du cinéma américain,
en décloisonnant les conventions hollywoodiennes, les ouvrant à un gain de réalisme, de complexité, de diversité éthique et sociale, de curiosité pour le monde audelà des États-Unis et à l’intérieur de ceux-ci. Sur le chemin qui a mené d’un classicisme imperturbable à la conquête d’une conscience moderne, les films de Fuller occupent la première marche.
À cette situation particulière, on trouvera quelques raisons d’ordre biographique.
Fuller ne vint à la mise en scène qu’à l’âge de 37 ans, après avoir d’abord été journaliste, profession dont il gravit les échelons dès l’adolescence, de grouillot à reporter criminel, et dont il a chanté les louanges dans Violences à Park Row (1952). C’est de cette pratique chevronnée qu’il tire son flair pour le sujet porteur (la « story »), son talent de raconteur, son art des dialogues mordants, sa capacité à brosser des caractères saillants. Et c’est encore par le biais de l’écriture qu’il fit une première incursion à Hollywood, au milieu des années 1930, pour contribuer à la rédaction de scénarios et à la création d’histoires.
À cette première carrière s’en ajoute une deuxième, militaire, dans la 1re division d’infanterie américaine, la « Big Red One », au sein de laquelle il accomplit ses états de service pendant la seconde guerre mondiale. Il lui rendra hommage dans la plupart de ses films, jusqu’à lui consacrer son grand oeuvre récapitulatif, Au-delà de la gloire (1980).
Fuller participera en tant que soldat et reporter de guerre aux campagnes d’Afrique du Nord, de Sicile et de Normandie, et documentera l’ouverture du camp de concentration de Falkenau, en Tchécoslovaquie.
Ce tropisme militaire, doublé d’une attention récurrente pour les milieux urbains et interlopes (Le Port de la drogue, 1953 ; Le Kimono pourpre, 1959), a longtemps fait croire à une fascination de Fuller pour la violence. Celle-ci n’est jamais qu’un cadre pour mieux saisir, par effets de contraste, les manifestations d’amour ou effusions de tendresse qui pourraient naître spontanément dans un monde moderne asséché par l’expérience traumatique des conflits. La quête impérieuse de vérité, la volonté de savoir, la tentative de décrire le monde selon ses lignes les plus paradoxales, où il faut sans doute voir la sublimation de sa fibre journalistique, n’auront jamais cessé de l’animer.

Samuel Fuller un iconoclaste à Hollywood

Photo ©DR

Ouvert à tous.

Avec :

Mathieu MACHERET

Diplômé de l’ENS Louis-Lumière, collabore aux revues Les Cahiers du Cinéma et Trafic, monte des programmes pour la chaîne de télévision TCM Cinéma. Conférencier, il anime aussi des ciné-clubs. En 2014, il a rejoint le comité de sélection du festival Entrevues de Belfort, dédié aux films de jeunes cinéastes internationaux.

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