Rendre la justice, un acte politique et social de plus en plus complexe

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La façon dont la justice est rendue en dit beaucoup plus long sur l’état d’une société que la plupart des autres éléments qui la composent. S’il est vrai que, selon la formule d’Albert Camus, on juge une société à l’état de ses prisons, ces dernières ne peuvent pas être comprises indépendamment de toute la constellation pénale où elles s’inscrivent, et cette constellation même s’inscrit dans la conception du droit d’une époque.

Mais il est vrai que la législation pénale est un excellent témoin des évolutions profondes et souvent inconscientes de la société. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle a considérablement évolué, mais dans des directions parfaitement contradictoires, s’humanisant et se durcissant, au gré des événements, souvent en même temps.
Si les crimes et les délits sont des symptômes, la manière de les réprimer et de les percevoir n’est pas moins révélatrice. En ce domaine comptent tout autant que les lois, les comportements de ceux qui forment la chaîne pénale, depuis les policiers jusqu’aux magistrats. Ils sont réfléchis et infléchis de manière significative par ce qu’il est convenu d’appeler l’opinion publique et les médias qui l’engendrent.

La bêtise collective, sa peur, parfois sa haine, passions tristes que les politiques instrumentalisent fort bien, s’y dévoile, mais tout aussi bien l’audace de l’intelligence collective.
L’affaiblissement de la puissance symbolique de l’État a engendré une nouvelle configuration, une sorte d’espace qui ne connaît plus aussi clairement la distinction entre espace public et espace privé. Les conséquences sont immenses, les institutions et les corps intermédiaires s’en trouvent disqualifiés, y compris la justice, dire le droit se montre une affaire de plus en plus complexe.

Bibliographie :

Michel Foucault, Surveiller et punir, « Tel », Gallimard ; Anne Lécu, La prison un lieu de soin, Les Belles Lettres ; Denis Salas, La Volonté de punir., Didier Fassin, Punir, une passion contemporaine, Seuil. Au cinéma : L’Hermine (Christian Vincent, 2015) et Une intime conviction (Antoine Raimbault, 2019)

Ouvert à tous.

Avec :

Alain CUGNO

Docteur d’État ès lettres et sciences humaines, agrégé de philosophie, ancien élève de l’ENS (Saint-Cloud), ancien professeur de khâgne au lycée Lakanal, enseignant associé à la Faculté de philosophie.

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