Paul Ricoeur et le pardon

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Pour Ricoeur, liberté et pardon sont indissociables. Dans son premier ouvrage, le Volontaire et l’Involontaire, le pardon est présenté comme la condition pour que la liberté, confrontée à l’épreuve de la finitude, ne se perde pas. Par ailleurs, dans la Symbolique du mal, nous découvrons le pardon à une dimension plus profonde, comme condition d’une liberté qui, confrontée à l’épreuve mal, traverse.

Nous sommes conduits à un seuil : l’homme est capable d’avouer le mal, et il espère que le pardon qu’il demande, celui qui pour une part lui a déjà été accordé pour le porter jusque-là, lui sera pleinement donné.

Le pardon est donc déjà au travail, non seulement dans la conscience qui se reconnaît coupable, mais au-delà d’elle, au travers d’institutions qu’il traverse : L’épilogue de La mémoire, l’histoire, l’oubli, décrit cette « Odyssée du pardon ». Ce pas de plus ne nous a cependant pas fait franchir le seuil du pardon accordé : il n’a fait qu’approfondir le sens de ce qui se vit dans l’aveu.
C’est dans son dernier ouvrage, le Parcours de la reconnaissance, que nous franchissons ce seuil. Le pardon apparaît alors dans toute son amplitude, du travail d’aveu jusqu’à l’échange : l’échange, même s’il peut rester un horizon en suspens, est la dimension plus profonde du pardon. Cette dimension est, en retour, découverte comme condition de la vie en commun, source de mutualité et réciprocité, capable de tenir jusqu’au milieu de la violence.

Ce dernier développement nous permettra de considérer le chemin parcouru et de découvrir une limite de la conception du pardon chez Ricoeur : le peu de place accordée à la victime. En même temps, nous verrons comment Ricoeur lui-même offre la possibilité de penser le sens du pardon pour la victime. Nous verrons alors que le pardon, autant qu’une parole échangée, est un geste où des corps, individuels et collectifs, s’instituent en relation.

Bibliographie :
P. Ricoeur, Philosophie de la volonté, 1. Le Volontaire et l’Involontaire, Paris, Points, 2009.
P. Ricoeur, Philosophie de la volonté, 2. finitude et Culpabilité, Points, Paris, 2009.
P. Ricoeur, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Seuil, Paris, 2000.
P. Ricoeur, Parcours de la reconnaissance, Folio essais, Paris, 2007.
G. Causse, Le geste du pardon, Parcours philosophique en débat avec Paul Ricoeur, Kimé, Paris, 2014.

Ouvert à tous.

Paul Ricœur et le pardon
Avec :

Guilhem CAUSSE

Jésuite, docteur en philosophie, maître de conférences en philosophie. Doyen de la Faculté de Philosophie du Centre Sèvres.

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