Mal et liberté selon Leibniz (1646-1716) et Kant (1724-1804)

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Les vies de Leibniz et de Kant s’étendent sur une période qui n’en finit pas de tirer les leçons des crises religieuses entre Églises chrétiennes aux XVIe et XVIIe siècles en Europe. Ces crises ont mis en question les principes théologiques qui commandaient les relations humaines depuis saint Augustin, pour qu’elles tendent à réaliser un ordre social bon et juste. En particulier, le mal et la liberté humaine étaient envisagés à partir de ces principes qui en éclairaient l’origine pour le mal, l’exercice en vue du bien pour la liberté. Leibniz puis Kant ne tirent pas les mêmes conséquences que leurs vis-à-vis britanniques de cette période.
Du côté britannique, Hobbes (1588-1679) fait des passions de l’homme le fondement de l’agir humain. Selon Hobbes en effet, l’homme assimile le bien à tout objet de son inclination et le mal à tout objet de son aversion. En particulier, il identifie dans la mort susceptible d’être causée par l’autre le plus grand mal pour lui-même. L’homme détermine alors son agir pour empêcher ce mal. Et s’il est une liberté d’agir, celle-ci ne peut être que conditionnée par la nature passionnelle de l’homme. Plus tard, Hume (1711-1776) identifiera le mal à l’effet produit sur l’affectivité par la combinaison des passions humaines, quand cet effet est senti comme douleur. Quant à la liberté, elle est condamnée à choisir ce que l’autorégulation des conduites sur la scène des relations sociales impose àl’homme pour lui éviter du déplaisir.
Pour Leibniz puis Kant, une telle approche de l’agir humain asservit la liberté à un nécessitarisme et réduit le mal à du déplaisir senti. Contre Hobbes, Leibniz veut sauver la liberté. Le séminaire partira alors de la lecture par Leibniz de romans (Bergerac, Urfé, Barclay, Godwin, Mlle de Scudéry) ou contes (Perrault), utiles pour distinguer le « possible » et le réel : le possible est une notion centrale pour fonder la liberté. Le séminaire avancera vers la question du mal et l’exercice de la liberté dans le « meilleur des mondes possibles » selon Leibniz. Contre Hume et en débat critique avec Leibniz, Kant établira qu’il y a une liberté originaire en l’homme. Cette liberté n’est affaire ni de savoir ni de preuve mais elle est reconnaissable par ses effets de transformation morale et politique du monde et de la vie de l’homme. Quant au mal, il s’enracine dans un exercice de cette liberté.
Le séminaire s’achèvera sur les résonances actuelles des approches du mal et de la liberté selon Leibniz et Kant.

Ouvert sur autorisation du directeur de cycle, formulaire à demander au secrétariat.

Avec :

Laurent GALLOIS

Jésuite, docteur en philosophie (Paris X-Nanterre), professeur de philosophie, rédacteur en chef des Archives de philosophie, membre de la Société d’Études kantiennes de langue française.

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