Littérature et spiritualité : le grand écart. D’Herman Melville à Michel Houellebecq et quelques autres

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La littérature est un lieu théologique, observatoire irremplaçable pour sonder et scruter au travers d’oeuvres reconnues et d’auteurs qui en seront les témoins,
les inquiétudes, aspirations et questionnements qui agitent et travaillent une époque.
Contradictoires en bien des aspects, Herman Melville et Michel Houellebecq nous offrent leurs regards croisés sur notre modernité, à plus d’un siècle de distance. Tard reconnu par ses contemporains, Melville nous a livré avec son Moby Dick un manière de fable d’une puissante inspiration biblique, aisée à déchiffrer et qui donne écho aux  folles ambitions et prétentions de l’homme en son désir d’infini et d’extrême, voire d’impossible. Tout aussi révélateur, cette longue nouvelle (ou petit roman) qu’est Billy Budd, qui interroge notre culture technicienne, si assurée de ses succès et de ses capacités à trouver solution à quelque problème que ce soit. Or il est des questions qui se posent et auxquelles elle n’est pas en mesure de donner réponse : par quelles voies le mal se répand-il parmi les hommes ? Comment en limiter l’emprise ? Comment comprendre la beauté d’un être et la grâce dont il semble détenir le privilège ? Aucune réponse sure, mais un maquis d’ambiguïtés dont ne ne sommes pas prêts de sortir.
Houellebecq est reconnu comme l’entomologiste méticuleux d’un homo modernus en voie d’affaissement sinon de décomposition. C’est plus qu’une culture, c’est une
civilisation qui s’effondre sans remède dans l’apocalypse d’une agonie des temps qui finissent sans drame (J. Arènes). Le diagnostic de Soumission (où on note une évidente sympathie pour Huysmans, romancier de la décadence assumée) et de Sérorotonine,
est sans appel et… sans espoir. Cependant, dans ce vertige d’absence et de néant qui mine toute tentative de relèvement (c’est la défaite d’une mort douce supportée sans stoïcisme), on pourrait avec les Particules élémentaires, oser envisager une lecture théologique : une absence de Dieu, empreinte en creux d’une présence qui fait défaut et qui fissure le socle de tout projet et de tout accomplissement humain. Qui sait ? une théologie négative serait-elle ainsi à l’oeuvre, qui pourrait nous libérer des illusions de notre pélagianisme1 invétéré d’homme occidental ?
Si nous en avons le temps, nous demanderons à Sylvie Germain de nous ouvrir les chemins de la sagesse qui nous permettrait de vivre plutôt que de survivre. Mais Bartleby the Scrivener, le dernier héros melvillien, en tomberait-il d’accord ?
1. Doctrine du IVème siècle sur le libre arbitre de l’Homme (Pélage).

Ouvert à tous.

Avec :

François MARXER

Doctorat conjoint Institut Catholique de Paris – Paris IV Sorbonne, élève de Jacques Le Brun à l’EPHE. Enseigne l’Histoire de la spiritualité et la théologie spirituelle. Prêtre au service pastoral des paroisses de Rueil-Malmaison

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