L’homme et la « scène » de l’histoire. Shakespeare et Bacon

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Un dramaturge et un philosophe ouvrent à l’homme, par l’histoire concrète, le passage à la modernité. Un dramaturge, William Shakespeare (1564-1616), qui met en scène dans ses Histoires écrites entre 1588 et 1613 et centrées sur la figure de ses rois, deux siècles de l’histoire agitée et sanglante d’Angleterre : Shakespeare reconstruit librement leurs vies à partir de faits consignés dans des chroniques officielles, tout en découvrant à l’homme l’abîme de la conscience de soi au moment où l’Angleterre accède à elle-même comme nation.
Et un philosophe, Francis Bacon (1561-1626), qui fonde l’homme en tant qu’interprète souverain et maître de la nature en même temps qu’unique source responsable de son agir moral et politique sur la scène du monde : de son divertissement Gesta Grayorum (1594) jusqu’à son Novum organum (1620), dans ses Allocutions politiques au Parlement et ses Memento adressés en 1603 au tout nouveau roi d’Angleterre comme dans ses Essais de morale et de politique (1625), Bacon cherche inlassablement comment éveiller l’homme – en l’arrachant aux tromperies de son ancienne manière de penser – à la tâche de réformer son savoir en le préservant de toute idolâtrie et, par cette réforme, de travailler à l’avènement de l’État et de la société, alors modernes.
Un dramaturge, un philosophe et… un espace européen singulier : les îles de Grande Bretagne le délimitent ; les royaumes d’Angleterre et d’Ecosse, historiquement antagonistes, mais encore le Pays de Galles et l’Irlande le composent en tant qu’espace politique, moral, religieux déchiré par des conflits meurtriers. Dans cet espace, le dramaturge et le philosophe font corps avec une scène qui leur est commune et intime aussi : l’Angleterre, mais l’Angleterre saisie dans son histoire concrète. Cette histoire, singulière, de l’Angleterre a inséparablement une portée universelle que révèlent Shakespeare et Bacon. Le dramaturge et le philosophe font bon ménage pour inaugurer une pensée moderne de l’histoire et de l’homme
dans l’histoire, ceci dans le mouvement même où l’homme pressent qu’il ne vit plus sous un ciel qui chante la gloire de Dieu mais qu’il est désormais livré à sa propre nature d’homme.
Le séminaire mettra en lumière, par la lecture de textes de Shakespeare et de Bacon, ce qui se joue irréversiblement pour l’homme – avec son entrée en modernité – en termes de savoir, de morale, de politique et de religion. Les références bibliographiques seront données en leur temps.

Ouvert sur autorisation du directeur de cycle, formulaire à demander au secrétariat.

Avec :

Laurent GALLOIS

Jésuite, docteur en philosophie (Paris X-Nanterre), professeur de philosophie, rédacteur en chef des Archives de philosophie, membre de la Société d’Études kantiennes de langue française.

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