L’éthique médicale et ses fondements

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L’éthique médicale française passe par une phase d’hésitation. Pour plusieurs raisons : une technicité croissante de la médecine, l’influence d’une école américaine de bioéthique souvent comprise de manière simpliste, l’évolution du droit, la montée de l’individualisme, l’accès des malades à de multiples sources d’information, et une diminution de la confiance entre médecin et malade.

Un médecin ne peut plus requérir de son « patient » une confiance aveugle. L’école américaine des « quatre principes » a pris le contre-pied de cette attitude, et a prôné dans les années 1980 la prééminence d’un « principe d’autonomie » du malade, sans tenir compte de la spécificité de la situation de maladie. Ce « principlism » a d’ailleurs été vivement contesté par les initiatrices de « l’éthique du care ».

La prise en compte de la vulnérabilité de la personne gravement malade, et du besoin de celle-ci d’être soutenue dans sa lutte pour la guérison, est depuis longtemps au centre de la réflexion philosophique et éthique menée en Europe sur la médecine et le soin. Des malades en confirment le bien-fondé. Mais il importe tout autant de faire place aux droits de la personne soignée, rappelés de façon de plus en plus précise par la législation française.
Dans cet esprit, sera proposée une réflexion sur le soin d’une personne malade et sa souhaitable adhésion aux traitements, la responsabilité du soignant telle que nous la concevons en France, l’importance de la confiance mutuelle. Cela fera apparaître la pertinence du concept éthique proposé par Paul Ricoeur, le « pacte de soin basé sur la confiance ». Pacte initialement marqué par la dissymétrie entre celui qui sait et celui qui souffre, mais qui fait du premier un allié et non un maître.

C’est en prenant comme fondement une telle conception de l’expérience de la maladie et du soin que seront abordées les grandes questions qui se posent dans l’exercice de la médecine : l’information du malade, sa participation aux décisions médicales, le secret médical, la recherche menée sur des sujets humains.

Éléments de bibliographie :
P. Ricoeur, « Les trois niveaux du jugement médical », Esprit, décembre 1996, pp. 21-33
Dossier « Les nouvelles figures du soin », Esprit, janvier 2006, pp. 77-156
H. Doucet, L’éthique clinique. Pour une approche relationnelle dans les soins, Les Presses de l’libelle_universite de Montréal, 2014
F. Brugère, L’éthique du care, PUF, Coll. « Que sais-je ? », 2011
P. Verspieren et M.-S. Richard (dir.), Grandeur et leurres de l’autonomie. Pour une prise en compte de la vulnérabilité, Médiasèvres n° 156, 2010
P. Verspieren et M.-S. Richard (dir.), Violence de la maladie, violence dans le soin, Mé­diasèvres n°162, 2011.

ouvert à tous

L’éthique médicale et ses fondements
Avec :

Patrick VERSPIEREN

Jésuite, Maître-assistant émérite en philosophie morale, membre du département Éthique biomédicale.

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