Les conditions d’une cohabitation pacifique après un génocide ? Mémoire, justice, oubli, pardon…

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Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’apparition des concepts de crime contre l’humanité et d’imprescriptibilité a donné lieu à de nombreux travaux et
débats philosophiques, juridiques ou historiques. Dans ce contexte, la notion de pardon a fait l’objet d’une attention renouvelée. Si le thème du pardon est souvent
traité, il demeure cependant mystérieux à bien des égards, en particulier quand il est interrogé dans le cadre d’un « après-génocide » et la rupture radicale qu’une telle forme de violence opère dans la vie sociale.
L’enseignement se basera principalement sur l’exemple du Rwanda où, après le génocide, outre le Tribunal pénal international des Nations Unies et le dispositif de
justice traditionnelle (les juridictions gacaca1), le langage du pardon a pris une ampleur sans précédent dans l’histoire du pays. En regardant de plus près, on s’aperçoit que ce langage est distillé par des acteurs très différents, de taille et de statut. Certains sont extérieurs au pays, comme Desmond Tutu, Jean-Paul II ou encore le représentant spécial de l’Union européenne pour la région des Grands Lacs… Au Rwanda, le président Paul Kagame, lui-même, recourt à un lexique religieux et engage une institutionnalisation du pardon pour « réapprendre à vivre ensemble », selon ses propres termes. Quant aux Églises chrétiennes, elles se mobilisent à différents niveaux, de la Conférence épiscopale catholique aux ONG confessionnelles spécialisées dans le domaine de la « guérison » en passant par une multitude de micro-communautés, certaines se situant à la périphérie de l’activité des Églises.
Dans ce contexte, nous observerons en particulier les discours et les pratiques qui laissent voir des rapports complexes entre le pardon, l’établissement d’une vérité
et l’exercice de la justice. Nous analyserons ainsi l’extrême polysémie de la notion de pardon et son caractère éminemment politique, d’une part, pour mieux saisir les
usages ambigus et d’autre part, les conditions dans lesquelles le pardon peut se faire le médiateur d’une reprise du lien social.
1. Tribunaux populaires répartis dans tout le pays pour juger les responsables du génocide sur les lieux mêmes du crime. Les juges ont été élus au niveau local.

Les conditions d’une paix durable après un génocide

Ouvert à tous.

Avec :

Benoît GUILLOU

Ancien rédacteur en chef de la publication mensuelle d'Amnesty International, à présent responsable du bénévolat et de la formation des bénévoles au Secours Catholique - Caritas France. Docteur en sociologie.

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