Le pardon dans tous ses états

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Coordination : Guilhem Causse (Faculté de philosophie, Centre Sèvres), Lorraine Angeneau (École de Psychologues Praticiens, Institut Catholique de Paris).

La question du pardon connaît une actualité étonnante, jusqu’à la création, le 18 septembre 2019, de la Journée internationale du pardon (par Olivier Clerc). Pour comprendre son actualité, il nous faut remontrer au milieu du vingtième siècle, où elle s’est posée à frais nouveau. Cantonnée jusqu’alors à la sphère de la conscience religieuse, elle a surgi sur la scène politique internationale, quand la RFA et l’État d’Israël, deux États nouvellement crées, ont cherché à nouer des relations diplomatiques. La RFA proposa le paiement de réparations pour les crimes commis pendant la guerre, ce qu’Israël accepta. Aussitôt, un débat houleux se fit jour sur lien de ces réparations au pardon. La même question est apparue avec le processus de rapprochement entre la France et l’Allemagne et les débuts de la construction de l’Europe. Ces événements ont conduit des philosophes comme Arendt, Jankélévitch et Ricœur, à intégrer le pardon au cœur de leur réflexion.

La guerre froide a donné un coup d’arrêt aux développements et réflexions concernant le pardon. Il a fallu attendre 1989 et la chute du mur de Berlin pour voir la question relancée, grâce à la création de la première Commission vérité et réconciliation au Chili, suivie de près par la deuxième, plus connue, d’Afrique du Sud, en 1995 : le pardon est le moteur explicite de ces commissions. Parallèlement, un ensemble de pratiques se sont développé avec un rapport plus implicite au pardon : la médiation, la justice reconstructive, la justice résolutive, qui se proposent de compléter ou d’améliorer l’approche pénale de la justice.

A la même époque émerge en psychologie – en dépit de la réticence initiale des psychologues de toutes obédiences à le penser – une préoccupation sur le pardon comme option thérapeutique. En 1985, le premier institut international du pardon (Dr Enright – USA) permettra l’élaboration progressive de modèles théoriques des processus de pardon, jusqu’à la publication en 2005 du Handbook for Forgiveness compilant les références sur la capacité à pardonner et recherches sur l’efficience thérapeutique du pardon. Le pardon, pensé dans son aspect soignant, est une vraie découverte pour la santé mentale, notamment dans le champ des soins post-traumatiques au long cours. En effet, certains patients sont confrontés à l’impossibilité de pardonner à l’autre, se sentent aux prises avec le pardon à soi-même, éprouvent la nécessité de structurer un difficile pardon ‘unilatéral’ (lorsque l’offenseur ne s’est pas repenti/ est mort / la relation brisée). Si nos mémoires ‘‘s’arrangent’’ parfois pour minimiser les souffrances reçues et leurs séquelles, le pardon semble à l’inverse un mouvement actif de cicatrisation qui travaille à suturer notre tissu psychique et relationnel. Quel rôle concret peut-il jouer dans nos existences, personnellement et collectivement ?

Une nouvelle intelligence du pardon nous est nécessaire. Nous nous proposons ainsi de repenser le pardon à l’aune de ces expériences, en l’abordant de manière pluridisciplinaire : psychologique, philosophique, exégétique, théologique, éthique…

Nous envisageons un premier ensemble de trois années (2019-2022), qui déboucherait sur un colloque et une publication.

  • La première année sera consacrée au pardon du point de vue des victimes.
  • La deuxième année au point de vue des coupables.
  • La troisième année, du point de vue des tiers (soins, justice, proches d’une même génération ou des générations ascendantes et descendantes).

Chaque étape sera attentive à tisser le niveau personnel au plan institutionnel.

Modalités
Nous envisageons de nous retrouver environ cinq fois par an, au Centre Sèvres (Paris 6ème). Chaque séance durera 2h, et commencera par la prise de parole d’un ou plusieurs d’entre nous. Notre objectif est que chaque participant au séminaire prenne la parole.

Au cours de la séance introductive, Lorraine Angeneau présentera un cas clinique.

Première séance prévue Jeudi 12 décembre 2019.

Strictement réservé aux étudiants inscrits en cycle diplômant.

Avec :

Guilhem CAUSSE

Jésuite, docteur en philosophie, Professeur en philosophie. Doyen de la Faculté de Philosophie du Centre Sèvres.

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