Le don d’organes au carrefour de questions délicates

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Grâce aux progrès réalisés depuis 35 ans, les greffes d’organes permettent à bien des personnes d’échapper à la mort ou de bénéficier d’une nette amélioration de leurs conditions de vie.

Le nombre de greffes augmente chaque année, mais les listes d’attente continuent à s’allonger. Cela pousse des hommes politiques à chercher à passer outre aux obstacles rencontrés. Le souci et le respect des personnes concernées, malades en attente de greffe, donneurs potentiels, familles, professionnels de santé, exigent plutôt de s’interroger sur cette pratique sociale qu’est le transfert d’un organe humain d’un corps à un autre, et d’examiner sérieusement les manières de procéder, les interrogations qui s’élèvent de bien des côtés, et l’information à donner à la population.

Après avoir été longtemps très réservé, le corps médical français incite désormais au don d’organe entre personnes vivantes. Indéniablement généreux, un tel don mérite d’être encouragé à condition de veiller non seulement à la sécurité sanitaire, mais aussi à la gratuité et à la liberté d’un tel geste.

Le don d’organe post-mortem pose encore plus de questions. La reconnaissance de l’état de « mort encéphalique » comme critère de la mort de la personne est contestée dans certains pays. Il serait sage d’entendre les questions posées et de les examiner, pour ne pas être pris au dépourvu le jour où elles surgiront dans le débat public.

Difficile, et même passionnelle, est devenue en France la question des consentements ou des absences d’opposition au prélèvement, et de la place à reconnaître à la volonté du donneur et aux membres de la famille, comme l’ont montré les débats qui ont entouré la préparation de la loi du 26 janvier 2016

Désormais des organes peuvent être prélevés sur des personnes en état « d’arrêt cardiaque et respiratoire persistant », ce qui exige une grande vigilance éthique, spécialement lorsque l’arrêt cardiaque est précédé d’une décision d’arrêt de traitement (categorie III de Maastricht).

Il est capital d’aborder sérieusement toutes ces questions, de manière à veiller à ce que la greffe d’organe demeure un véritable service de l’humanité.

Bibliographie
J.-F. COLLANGE (dir.), Éthique et transplantation d’organes, Ellipses, 2000.
M.-J. THIEL (dir.), Donner, recevoir un organe, Presses Universitaires de Strasbourg, 2009.
Le prélèvement d’organes sur personne décédée, Laennec, numéro spécial, 2010, n° 4.
Comité consultatif national d’éthique, Avis n° 115, 7 avril 2011.
Sylviane AGACINSKI, Le tiers-corps. Réflexions sur le don d’organe, Seuil, 2018.

ouvert à tous

Avec :

Patrick VERSPIEREN

Jésuite, Maître-assistant émérite en philosophie morale, membre du département Éthique biomédicale.

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