La question philosophique du beau chez Kant et chez Hegel

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et le vendredi 23 mars
Kant et Hegel ont en commun d’accorder une place de choix à la question du beau à l’intérieur de leur démarche philosophique.
Pour le premier, ce qui est en jeu est l’unité même de son système : après la publication, en 1788, de la Critique de la Raison pratique, Kant est en effet conscient de « l’incommensurable abîme » qui sépare le domaine de la nature et le règne, supra-sensible, de la liberté. Or si le royaume de la liberté n’est pas de ce monde – celui dans lequel se déroule l’existence concrète de l’homme -, le projet moral de l’autonomie de la volonté ne court-il pas le risque de n’être qu’une chimère que la réalité du monde interdit de réaliser ? Face à un tel problème, les sentiments esthétiques du beau et du sublime peuvent apparaître comme une « faveur » offerte par la nature, qui permet d’apaiser la contradiction de la Nature et de la Liberté, et
de concevoir un « pont » par-dessus l’abîme. Ainsi, la Critique du jugement, en 1790, s’attache-t-elle à analyser le beau comme un jugement capable d’unir ce qui se présente ordinairement comme opposé (plaisir et désintéressement ; universalité sans concept ; finalité sans fin ; liberté et nécessité ; etc.). Et le sentiment du sublime comme susceptible d’éveiller en l’homme l’écho de sa destination morale, c’est-à-dire de l’ouverture à l’infini qui fait sa valeur.
Or si Hegel considère, dans ses Leçons d’esthétique (1818-1829) que l’esthétique kantienne « constitue le point de départ de la vraie compréhension du beau artistique », il critique le fait que « cette réconciliation apparemment parfaite [entre Nature et liberté] ne soit censée être finalement que subjective, relative au jugement porté sur les oeuvres et à leur production et [ne soit] pas considérée comme le vrai et l’effectif lui-même en soi et pour soi. » Cette réconciliation véritable ne s’effectue selon lui que quand l’Esprit devient absolu, c’est-à-dire qu’il se manifeste tel qu’il est en lui-même, dans son infinité. Or l’art est, avec la religion et la philosophie, l’un des moments de la vérité, soit l’une des manières, pour l’Esprit absolu, de se réaliser lui-même. La vérité doit d’abord apparaître de manière sensible, pour pouvoir être intériorisée et réfléchie.
Le séminaire s’attachera ainsi à examiner comment l’analyse du sentiment esthétique chez Kant, et celle, chez Hegel, des différentes formes historiques de l’art (symbolique, classique et romantique), s’efforcent de répondre au problème de l’unité de la nature et de la liberté.
La connaissance préalable des philosophies de Kant et de Hegel n’est pas requise pour suivre le séminaire.

ouverts "sur autorisation" du directeur (il faut faire une demande écrite présentant ces motivation), formulaire à demander au secrétariat

Avec :

Bénédicte BOUILLOT

Communauté du Chemin Neuf, docteur en philosophie (ICP et Université de Poitiers), CAPES de philosophie, maîtrise de théologie et capacité doctorale en théologie dogmatique (ICP), maître de conférences en philosophie.

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