La matrice du populisme. Enquête philosophique

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Qu’est-ce que le populisme ? Formulée au singulier, cette question est contestable. Les analyses de sciences politiques appuyées sur des enquêtes de sociologie électorale identifient en effet différents types de populismes dans les démocraties occidentales. Elles répertorient aussi, au sein de ces démocraties, diverses causes aux phénomènes dits populistes tout en repérant les ressorts qui les animent. La question ‘‘Qu’est-ce que le populisme ?’’ est néanmoins pertinente s’il s’agit, non d’établir une typologie du populisme, mais de se porter au plus près du populisme en tant que populisme, c’est-à-dire d’en approcher le plus possible la nature. Il faut pour cela s’intéresser aux notions de démocratie et de res publica.

Le populisme est en effet inhérent aux éléments qui composent, dès l’antiquité grecque, la notion de démocratie : δημος, la terre d’un peuple et ce peuple lui-même en tant que peuple libre ; κρατος, le pouvoir en tant que pouvoir politique souverain exercé par ce peuple. Le populisme est en même temps inhérent aux éléments dont participe la notion de république dès l’antiquité latine : res, l’ensemble des affaires, questions et moyens d’actions que tous les hommes d’une même Cité ont en commun et dont ils débattent ensemble en vue d’un agir commun ; publica, en tant que ces hommes, débattant ensemble dans l’espace public de leur Cité pour s’accorder sur cet agir, accèdent à la conscience de se constituer comme peuple. Or δημος et κρατος d’un côté, res et publica de l’autre, installent et maintiennent la démocratie et la res publica dans un indéterminé qui affecte les notions elles-mêmes de peuple, de représentation politique de ce peuple, de procédures pour délibérer et décider au nom du peuple dans le cadre de cette représentation.

Le cours montrera en quoi et comment cet indéterminé est matrice de phénomènes récurrents dont les manifestations – corpus idéologiques, tribuns qui personnifient ces corpus, séductions exercées sur une partie du peuple qui se reconnaît dans ces discours et ces tribuns – varient dans le temps selon leurs contextes historiques : les phénomènes populistes.

Lectures possibles
Claude Lefort, L’invention démocratique, Fayard, 1994 1981, 331 pages
Alice Le Goff, Pragmatisme et démocratie Sociale, CNRS Editions, 2019, 268 pages
Pierre Rosanvallon, Le siècle du populisme. Histoire, théorie, critique, Editions du Seuil, 2020, 276 pages

Ouvert à tous.

Avec :

Laurent GALLOIS

Jésuite, docteur en philosophie (Paris X-Nanterre), professeur de philosophie, rédacteur en chef des Archives de philosophie, membre de la Société d’Études kantiennes de langue française.

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