Jésus parmi les docteurs

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L’art chrétien d’Orient s’est rarement fait l’écho de cet épisode de l’enfance du Christ (il ne fait pas partie du Dodecaorton), sauf sous une forme chargée de sens théologique, celle des icônes dites de la « mi-Pentecôte », inconnue de l’art religieux d’Occident. Dans ce dernier domaine, en revanche, Jésus parmi les docteurs et son recouvrement au Temple de Jérusalem, après avoir été peu illustrés dans l’art du premier millénaire, vont connaître au cours du Moyen Âge central un bel essor et susciter, en particulier dans l’art italien à partir du Trecento, puis lors de la Renaissance et de l’art de la Réforme catholique, quantité de tableaux à la fois attachants et subtils.

Durant plusieurs siècles, en effet, les artistes vont jouer de manière raffinée sur les divers facteurs donnant à chaque fois son caractère particulier à la scène : l’âge et la stature de Jésus, son vêtement, plus ou moins soigné, celui d’un adulte déjà ou encore celui d’un enfant, la manière de le placer (au centre ou par côté par rapport au groupe des docteurs, sur un piédestal, sur un siège voire un trône placé au-dessus d’une volée de marches, ou au niveau des docteurs), les gestes qui lui sont prêtés, manifestant un sens plus ou moins marqué de sa propre autorité, la direction et la qualité de son regard, etc.

Ces nombreuses variantes, qui pourraient passer pour des nuances peu significatives, trahissent en réalité à chaque fois les idées que les artistes, leurs commanditaires, les milieux pour lesquelles ils oeuvrent et la société de leur temps se sont faites du rapport entre le christianisme naissant et le judaïsme, sur la Terre Sainte elle-même et sur les docteurs de la Loi. La meilleure preuve en est que dans certains tableaux Jésus est assis en tailleur parmi ces derniers, les écoutant docilement, tandis que dans d’autres il est clair qu’il est placé au-dessus d’eux, les enseigne et au besoin les réfute — et leur en impose. Certains tableaux déclencheront, en particulier dans la très catholique Bavière de la fin du XIXe siècle, une véritable levée de boucliers. D’autres seront l’objet d’un soin « orientaliste » très poussé. On s’interrogera enfin sur la sensible baisse d’intérêt des artistes du XXe siècle pour ce sujet, comme de manière plus générale pour le cycle de l’enfance du Christ.

Bibliographie :
V. Osteneck, « Zwölfjähriger Jesus im Tempel », in Lexikon der christlichen Ikonographie, t. 4, 1972, pp. 583-589.
Fr. Boespflug, Jésus a-t-il eu une vraie enfance ?, Paris, Cerf, 2015.

Ouvert à tous.

Jésus parmi les docteurs
Avec :

François BOESPFLUG

Professeur honoraire d’histoire des religions à la Faculté de Théologie catholique de l’Université de Strasbourg. Spécialiste d’iconographie chrétienne.

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