Eloge du brouillon : l’implicite et l’inachevé dans la peinture et la calligraphie chinoises

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Samedi de 9h30 à 12h30
les 13 et 20 janvier

Dans la peinture chinoise (hua), et en calligraphie, en particulier cursive (caoshu), ce qui est valorisé n’est pas un dessin abouti et considéré comme tel, dans le sens qu’il ne nécessiterait aucune autre interprétation, qu’il se suffirait à lui-même et qu’il serait suffisamment explicite pour ne pas prêter à confusion ou à débat ; c’est au contraire un brouillon ou un tracé inachevé, qui laissent la place à l’interprétation et à l’imagination, et qui sont appréciés en fonction de leur capacité à susciter l’imagination et à produire un effet sur le spectateur qui le relie au créateur. Pourtant ils ne sont pas l’ébauche de quelque chose qui viendrait ensuite. D’autant qu’il existe des brouillons à ces brouillons. La question porte ainsi sur l’expression de l’invisible à travers le visible, sur ses moyens et ses objectifs, à partir d’exemples pris dans la tradition picturale et calligraphique chinoises. Il apparaît que visible et invisible ne sont pas conçus en contradiction.

Le cours examinera dans un premier temps, à travers les catégories esthétiques chinoises – qui s’intéressent au processus beaucoup plus qu’au résultat fini de l’oeuvre – les différences entre dessin tel qu’il s’entend en français d’une part, et d’autre part peinture, tracé et brouillon dans les arts chinois. Dans un second volet, le cours se penchera sur les conséquences d’une telle conception. En examinant la tradition picturale et calligraphique chinoise à rebours, on constate que les oeuvres originales qui servent encore de modèles à l’apprentissage de ces arts de nos jours, et qui datent des premiers siècles de notre ère, ont disparu depuis longtemps. Celles-ci peuvent alors être considérées comme les brouillons ou les esquisses inachevées des oeuvres transmises jusqu’à nos jours qui s’en sont inspirées. C’est à nouveau la question de la transmission de la partie invisible des oeuvres qui est posée, à partir de peintures, de calligraphies et de bien d’autres formes artistiques. Le cours sera accompagné de projections ; il n’exige aucune compétence particulière ni en chinois ni en art.

ouvert à tous

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Avec :

Yolaine ESCANDE

Directrice de recherche au CNRS, au Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL, EHESS, Paris). Son domaine de recherche porte sur les arts chinois, calligraphie et peinture, dont elle étudie les interactions artistiques, philosophiques, esthétiques, culturelles avec l’art occidental. Elle donne un séminaire au musée du Quai Branly

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