Ecriture et dépouillement dans l’univers romanesque

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Ce parcours vise à interroger les différents sens de la notion de dépouillement à l’oeuvre dans quelques lieux significatifs du roman francophone au 19ème et 20ème siècle. Par dépouillement, nous entendons une certaine façon d’étonner les conventions du roman, et de s’en libérer. Le romancier peut ainsi élaborer un récit crédible ou vraisemblable tout en cherchant à dire l’énigme de sa propre naissance à l’écriture, le mystère d’un langage incarné et celui aussi de la lecture. Quelques œuvres rares offrent de cette façon la faculté de surprendre le fleuve du langage romanesque in statu nascendi ; leur écriture ne se referme pas sur l’artifice de leur construction mais elles montrent une parole comme en train de se faire devant nous et peuvent ainsi nous reconduire en amont de toute représentation figée du réel.

Les questions et les œuvres suivantes ponctueront ce parcours. Tout d’abord, le dépouillement correspondrait-il à une certaine catégorie de formes ? On pense spontanément à la brièveté du récit, au minimalisme de la syntaxe et du lexique, par
exemple, à L’étranger d’Albert Camus et son « degré zéro de l’écriture » (Roland Barthes). De même, les récits de l’intime, à la limite de la biofiction, participent à la fois d’une volonté de dépouillement et d’une mise en scène de soi aux frontières de la littérature et de la psychanalyse ; quelques textes de Marguerite Duras et Nathalie Sarraute seront particulièrement éclairants sur ce point.

Avec Bernanos et Beckett, le dépouillement du récit romanesque pourrait-il se penser cette fois en termes de thématique ? Des situations de marginalité sociale, la description d’itinéraires spirituels hors du commun, appellent impérativement chez ces auteurs la
remise en question de la notion de « personnage » et d’identité. C’est là une forme de dépouillement qui peut redonner à la liberté de l’autre un visage plus authentique.

Enfin, chez Georges Perec, le dépouillement apparaît dans la narration de l’ordinaire et sa façon de mettre en relief la nouvelle emprise des objets sur une jeune génération fascinée par la société de consommation (Les choses, 1965).

Écriture et dépouillement dans l’univers romanesque

Bibliographie :

  • Trois contes, Gustave Flaubert, 1877
  • Journal d’un curé de campagne, Georges Bernanos,1936
  • L’étranger, Albert Camus, 1942
  • Molloy, Samuel Beckett, 1948
  • Un barrage contre le Pacifique, Marguerite Duras, 1978
  • Enfance, Nathalie Sarraute, 1963
  • Trop dire ou trop peu, la densité littéraire, Judith Schlanger, Hermann, 2016.

 

Ouvert à tous.

Avec :

Claude TUDURI

Jésuite, titulaire d’un DESS Réalisation multimédia et édition électronique, après des études de lettres modernes ; enseigne la culture visuelle à l’université Pierre et Marie Curie et collabore aux revues Christus et Études.

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