Andrei Tarkovski, dans les couloirs du temps

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Mystique éclairé et formaliste grandiose, remodelant les contours du monde selon de profonds courants intérieurs, le cinéaste russe Andrei Tarkovski (1932-1986) interroge la destinée de l’homme et le rôle de l’artiste au sein d’une modernité occidentale soldant peu à peu son héritage spirituel. Son cinéma creuse des voies ésotériques, symboliques et méditatives inédites, à la recherche du lien originel qui unit toute chose et tout être à l’univers qui l’entoure. Chaque plan grave dans la mémoire du spectateur une mesure toujours inédite du temps. Qu’il s’agisse de l’eau dégoulinant de tous bords – la pluie tombant à travers le toit, dans la maison du fou de Nostalghia (1983), ou encore dans le bunker de Stalker (1980) -, de la dentelle de vapeur qui s’élève dans les airs et s’estompe doucement – les thermes du même Nostalghia -, des bourrasques de vent soulevant hautes herbes et bosquets – Le Miroir (1978) -, les vacillements de la lumière, battant comme un cœur chaud – la chambre du petit garçon dans Le Sacrifice (1986) -, ou la combustion – les maisons en flammes dans Le Miroir et Le Sacrifice -, les éléments ne cessent de se transformer. Selon les propres mots du cinéaste, « le présent fuit, glisse entre les doigts comme du sable, et n’a de poids matériel que par le souvenir. Le temps que nous vivons se dépose dans nos âmes comme une expérience dans le temps. » L’art poétique de Tarkovski tient précisément à cela : recueillir à la surface l’image, comme au travers d’un tamis, ce dépôt résiduel du temps, cette rouille universelle qui contient en elle l’intime secret de notre présence au monde. Sa mise en scène restitue ce souffle sacré qui saute par-dessus les coupes et se faufile dans les pores du récit, entre les objets, les êtres, et passe par chacune de leurs brèches. Se laisser traverser par ce courant constitue une expérience unique.

Oeuvres au programme :
– Le Rouleau compresseur et le violon (1960)
– L’Enfance d’Ivan (1962)
– Andrei Roublev (1966)
– Solaris (1972)
– Le Miroir (1975)
– Stalker (1979)
– Nostalghia (1983)
– Le Sacrifice (1986)

Ouvert à tous.

Avec :

Mathieu MACHERET

Diplômé de l’ENS Louis-Lumière, collabore aux revues Les Cahiers du Cinéma et Trafic, monte des programmes pour la chaîne de télévision TCM Cinéma. Conférencier, il anime aussi des ciné-clubs. En 2014, il a rejoint le comité de sélection du festival Entrevues de Belfort, dédié aux films de jeunes cinéastes internationaux.

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