Suspens

Etienne GRIEU confiné recteur du Centre Sèvres

Avec le confinement tout est comme suspendu, tout s’arrête et s’étire dans le temps, tendu seulement vers ce signe incertain d’un redémarrage qui viendra bien un jour… Et même si l’on continue de travailler, on a souvent l’impression de pédaler dans le vide, faute de bénéficier de réactions et d’un retour « en chair et en os ». Arrêt sur image aussi de l’histoire de ce monde brutalement stoppé dans sa course haletante. Comment va-t-il retomber sur ses pieds ? Le suspense là aussi, est immense.

Le suspens fait découvrir que tout n’est pas plein, que la vie n’est pas saturée. Les espaces vides peuvent effrayer, mais ils appellent aussi l’exploration, l’étonnement, la découverte. Et puis ce sont des lieux où ça résonne.

Nous allons entrer dans les fêtes de Pâques dans un tel suspens. Expérience, après tout, bien ajustée à ce mystère où tout s’est arrêté, où la création a retenu son souffle, avant de recueillir celui du Fils.

Les conférences et les textes que nous vous proposons ne visent pas à remplir le vide mais à l’habiter ; et tout d’abord peut-être en reconnaissant cet espace de résonance intérieure que nous pouvons en ce moment mieux écouter. Le texte de Denis Vasse sur la solitude devrait être ici précieux ; de même que l’enregistrement de la soirée sur trois traditions spirituelles (augustinienne, franciscaine et jésuite). Mais l’intériorité c’est aussi l’accueil de ce qui advient dans le monde. La soirée sur l’urgence climatique, le texte de Véronique Albanel sur l’hospitalité et l’article de François Euvé sur la création peuvent y aider. Quant à la présentation du commentaire des psaumes 45 à 52 par Augustin, elle montre le fruit d’un silence, celui qui a permis à l’évêque d’Hippone d’entendre et la Parole de Dieu, et les tourments du monde.

Bien avec vous pour partager ce suspens,

Étienne Grieu, sj
Recteur du Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris

Vous vous en êtes peut-être aperçu, le « président » du Centre Sèvres est devenu « recteur ». Simple requête de la Congrégation pour l’Education Catholique, à qui nous avions soumis nos statuts pour révision.