Supplication

Les chrétiens s’apprêtent à entrer dans la semaine pascale sans pouvoir se rendre aux offices, sans ces gestes si évocateurs du lavement des pieds et du feu pascal qu’on se partage, sans bénéficier des sacrements, sans vibrer de tout leur être à l’Exsultet, sans retrouver les frères et sœurs dans la foi, sans pouvoir serrer leur main, les embrasser dans la joie du Ressuscité. Que leur reste-t-il, alors ? Il nous reste de rejoindre l’immense supplication du monde : le cri silencieux de ceux qui meurent seuls dans un service de réa débordé, la douleur de ceux qui ne peuvent être auprès de leurs proches en souffrance, le désarroi des soignants, des politiques, de ceux qui se retrouvent sans emploi, de ceux qui n’en peuvent plus d’être confinés, l’angoisse des réfugiés abandonnés, de tous ceux qui perdent dans cette crise l’équilibre précaire qu’ils avaient pensé trouver.

Pour une fois, Pâque ne se célèbre pas dans les églises. Et l’Eglise est ainsi conduite à simplement rejoindre la clameur de la terre et des pauvres. Mais ne se retrouve-t-elle pas ainsi en son point de départ ? N’est-elle pas ramenée à ce qu’elle est au plus profond : celle qui prend sur elle la supplication du monde et la présente à Dieu ?

Nous avons choisi pour vous cette semaine des textes et interventions qui se situent dans ces harmoniques pascales, où il est question de violence (soirée James Allison et témoignage des martyrs d’Algérie), mais aussi de vie donnée et de naissance (texte de Clarisse Picard et interview de Marc Rastoin), du silence de Dieu, mais aussi de sa discrète présence invitante (texte de P. Valadier sur la providence). Et puis, nous avons réalisé pour vous une interview du P. Michel Fédou qui répond à nos questions sur le mystère pascal.

Bien avec vous, unis par ce qui nous touche au plus profond, en cette semaine sainte

Étienne Grieu, sj
Recteur du Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris

Vous vous en êtes peut-être aperçu, le « président » du Centre Sèvres est devenu « recteur ». Simple requête de la Congrégation pour l’Education Catholique, à qui nous avions soumis nos statuts pour révision.