Retour sur le 11 janvier 2015 – Un peuple qui dit « Non », un moment de grâce…

 

La marche du dimanche 11 janvier restera un événement exceptionnel dans la mémoire collective. De la capitale à tant de villes et de villages, ce n’était même plus  d’abord de la défense d’un journal ou d’une communauté qu’il s’agissait. Ce sont des citoyens, qui ont voulu se lever, indépendamment de toute organisation particulière.

De République à Nation, dans les rues de Paris, ils se sont émus de se voir les uns les autres, de se voir si nombreux, si nombreux à refuser la violence, si nombreux à vouloir la paix et le dialogue. Ils ont marché dans le silence, réfléchissant à la gravité de la situation et aux responsabilités qui étaient celles de tous ; par vagues successives, ils ont applaudi : que pouvaient-ils applaudir sinon l’heureux désir  de vivre ensemble ? Ils se réjouissaient d’une conscience citoyenne si largement partagée.

Dans une créativité inouïe, ils exprimaient par des textes, des dessins, des gestes ce qu’il y a de grand dans l’esprit, ce qu’il y a de grand dans l’homme, cette capacité à dire « Non », non à son inhumanité – le philosophe Eric Weil l’écrivait déjà : « L’homme est cet être curieux, et à notre connaissance unique, qui peut dire non à l’insensé ». Demain, ils pourront retomber dans la division, bien sûr. Mais ce jour-là il leur a été donné de vivre un temps de grâce – comme une expérience spirituelle. Et cela ne meurt pas.

 

Henri Laux sj

Président du Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris