Rappel à l’essentiel

Entendre Mgr Jean-Paul Vesco raconter la béatification des dix-neuf martyrs d’Algérie m’a rempli de joie et d’espérance – et je ne suis pas le seul ! – car il a montré comment un événement pouvait d’un seul coup rouvrir des chemins, là où l’histoire semblait faire du sur-place. Qu’est-ce qui produit cet effet qui tient du miracle (il a employé ce terme) ?

L’expérience peut-être la plus frappante est de se retrouver, comme cela lui est arrivé le jour-même de la cérémonie de béatification, à côté de personnes d’horizons très différents, qui sont là au titre de leurs fonctions, et de sentir qu’au plus profond, quelque chose nous tient en grande proximité. Comme si tous les habillages et les appareillages, pourtant utiles pour entrer en relation, étaient à ce moment-là tout à fait superflus. Peut-être parce que devient sensible ce qui peut nous réunir, cette capacité à recevoir l’autre avec bonheur et à se laisser inviter chez lui, en réponse à un appel qui nous dépasse tous mais se fait entendre avec clarté. Dans ces moments-là, les retrouvailles de toute l’humanité par-delà tout ce qui la sépare et la déchire, semblent être à portée de main : la fraternité est si simple, comment ne pas y consentir ?

Les dix-neuf martyrs, comme tous ceux qui sont morts en Algérie en refusant de céder à la peur, sont de remarquables guides vers cet essentiel. C’est à eux, sans nul doute, que l’on doit d’avoir maintenu ouvert le chemin de la fraternité lorsque tout se compliquait.

Tout cela était contenu dans la joie des participants, celle de la célébration de la béatification à Oran, et celle que Mgr Vesco nous a communiquée. Mais – puisque nous sommes au Centre Sèvres – les études en théologie et philosophie, que sont-elles, sinon le déploiement de cette joie lorsqu’elle touche l’intelligence ?

Etienne Grieu, sj
Président du Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris