Quelques idées pour questionner les discours sur le genre…

 

Avec certaines écoles philosophiques comme la phénoménologie, l’Église peut encore questionner le type de rapport au corps que proposent les différents courants du gender. […] Si le corps n’est pas simplement une matière, ni un instrument d’action et de jouissance au service d’un esprit tout-puissant, mais le mode d’expression et de signification d’une personne reliée à d’autres personnes dans le monde, alors tous les actes du corps et particulièrement les actes sexuels sont des actes signifiants de relation et, au mieux, de donation entre les personnes. Héritier de la phénoménologie, Jean-Paul II a posé les jalons d’une théologie du corps qui resterait à traduire philosophiquement dans le débat public.

 

Cette remarque sur le corps conduit à interroger la tendance à isoler ou à valoriser presque exclusivement en la personne une de ses dimensions physique, psychique ou spirituelle, ou encore, dans un autre registre, une des dimensions du charnel, de l’affectif et du symbolique. Certains discours de libération font du corps un simple instrument au service de la volonté ou de l’épanouissement psychique par le plaisir. D’autres pourraient négliger le dynamisme des pulsions ou la complexité psychique des fantasmes au nom d’une spiritualité désincarnée. Ce critère de l’unité des dimensions de l’homme me paraît audible par nos contemporains soucieux de développer toutes les potentialités de leur être et vient interroger l’extension des formes de parentalité et de filiation. Qu’est-ce qu’une filiation qui ne ferait plus aucune référence à l’inconditionnel d’un lien charnel mais uniquement à une volonté requérant seulement quelques fournitures biologiques ?

 

Il est frappant de constater que les discours les plus radicaux du gender ont non seulement évité une réflexion fondamentale sur le corps mais aussi sur la signification et les conséquences du lien entre sexualité et procréation. […]

 

La conséquence la plus extrême serait de remplacer progressivement, par le concours des techniques d’Assistance Médicale à la Procréation et d’analyse génétique du sang fœtal, l’engendrement dans la chair avec ses aléas d’imprévisibilité par une stratégie de fabrication sélective ou de reproduction contrôlée où les caractéristiques acceptables des nouveaux êtres humains seraient de plus en plus décidées et contrôlées.  […]

 

Bruno Saintôt, « La morale catholique à l’épreuve de la ‘problématique du genre’ :  quels nouveaux défis pour le débat public ? ».

A  paraître dans Les chrétiens dans le débat public, aux Editions Facultés jésuites de Paris le 20 février 2014. Ce livre est le fruit du colloque qui s’est tenu au Centre Sèvres en octobre 2013.