Penser l’ouverture des frontières…

 

Dans un contexte mondial converti à l’économie libérale, il est difficile d’entraver la mobilité des personnes alors que tous les autres facteurs circulent. Il est illusoire de penser que la migration, lente et continue, à laquelle nous assistons va s’arrêter. Les raisons du départ persistent et le retour, quand il existe, n’est pas une solution de court ou moyen terme aux migrations. Celles-ci sont un facteur de développement humain et le développement génère plus de mobilité dans un monde appelé à être de plus en plus urbain. Les plus pauvres ne sont pas encore partis puisque la migration ne touche que 3 % de la population de la planète ; quand ils se mettront en route, le désordre et les atteintes aux droits de l’homme risquent de faire davantage de ravages, faute de consensus mondial sur la gouvernance de la mobilité.

 

Ne faudrait-il pas inverser la logique dans l’énoncé du droit de migrer ? Au lieu de considérer que le contrôle des flux est la règle et l’ouverture des frontières l’exception, ne faudrait-il pas reconnaître que le droit de migrer constitue un droit de l’homme du XXIe siècle, et que sa limitation reste soumise à la souveraineté des États ou des groupes d’États ? Que deviendrait le monde, si chacun restait confiné à l’intérieur de ses frontières, sans échanges ni complémentarités ? Les lignes de fractures géopolitiques, économiques, démographiques seraient encore plus cruciales et la sécurité du monde serait en plus grand danger.

 

Catherine Withol de Wenden, « Les migrations dans la mondialisation », Etudes, juin 2014