Pâques pour temps de crise…

 
Nous avons conscience – et tous les discours ne cessent de le répéter à satiété – de vivre une période de crise… J’ai relu il y a peu un article du Père François Varillon, intitulé « Spiritualité pour les temps de crise », qui, bien qu’écrit, en 1957 résonne de manière étonnamment moderne, à commencer par son regard sur la situation: « Il s’agit d’abord de ces crises intérieures auxquelles peu échappent : la pensée est en désarroi ; on ne sait plus si l’on aime et si l’on est aimé ; (…) Alors l’adulte est au bord des larmes comme un enfant perdu. Il s’agit aussi des crises politiques, sociales, internationales, lorsque la situation est tendue à l’extrême (…). Il s’agit enfin de la crise du monde moderne qui, prise dans son ensemble et selon toutes ses dimensions, est une crise de civilisation où l’idée même de l’homme est en cause ».
 

François Varillon insiste sur l’enjeu pascal de toute crise, celle que chacun affronte dans sa vie, celle qui secoue nos sociétés. Nous le ressentons confusément actuellement : les vraies solutions ne viendront pas d’abord de l’économie et de la finance. Elles viendront du spirituel. De cette écoute personnelle et collective des besoins profonds de l’homme qui permettent les lentes germinations pascales. Sur ce chemin-là, nous savons que nous avons été précédés. « S’il y a eu dans la vie du Christ un instant décisif, c’est-à-dire l’acmé de la crise, le moment du ‘passage’, pourrait-il se faire qu’il n’y en ait pas dans la vie de ses membres ? La Pâque du Seigneur serait-elle la Pâque des chrétiens, si les chrétiens n’adhéraient pas librement à la Pâque de leur Seigneur, et autrement qu’au seul plan du signe ?» (*)
 

En d’autres termes, dans ce monde en travail d’enfantement, on ne peut à la fois se donner et se garder. C’est cela que nous avons à entendre au fond de nous et à dire à cette société en attente de pâques. Bon élan pascal à tous !
 

P. François Boëdec, sj.
(*) Revue d’Action Populaire – n° 107, Avril 1957.