L’université et les pauvres

L’université et les pauvres

La journée mondiale des pauvres (le 19 novembre), proposée par le pape François, a-t-elle quelque chose à dire aux universités ? Entre ceux qui vivent dans la plus grande précarité, au jour le jour, dans les angoisses et la honte, et le monde universitaire aux langages et problématiques très élaborées, soucieux de prendre de la distance vis-à-vis de l’immédiateté, peut-on imaginer plus grand antagonisme ? Ne s’agit-il pas de deux planètes qui s’ignorent à peu près totalement ? L’une brillante de tous les feux de l’intelligence et l’autre qui ressemblerait plutôt à un trou noir…

Et pourtant, dès que l’on s’arrête pour prendre au sérieux ce que des personnes en grande précarité disent, il se passe quelque chose qui sollicite l’intelligence au plus haut point, à condition toutefois d’accepter, comme intellectuels, de nous laisser surprendre par des modes d’expressions souvent déconcertants. On fait alors l’expérience de passer la tête par une petite fenêtre qui fait voir beaucoup de choses – toutes choses, en réalité, y compris Dieu – un peu autrement.

C’est ce beau cadeau, je crois, qui a été fait aux participants des séminaires de recherche qui, depuis plusieurs années, travaillent de près des paroles de personnes du Quart Monde. Nous rendrons compte bientôt du dernier de ceux-ci, qui portait sur l’apport de Joseph Wresinski à la notion d’« option pour les pauvres » (1). Je vois dans ce chantier ouvert une vraie promesse pour renouveler l’intelligence de la foi à partir de ce qui l’interroge jusque dans ses racines.

Etienne Grieu

(1) Le vendredi 8 décembre (19h30-21h30) et le samedi 9 décembre (9h30-17h30), le séminaire partagera quelques uns de ses fruits.

Photo ©Alberto Pizzoli – AFP