Les Etats généraux de la bioéthique : quels enjeux ?

A travers les débats que les états généraux de la bioéthique vont provoquer, deux modèles politiques et sociaux – pour schématiser – sont en jeu. Il va falloir choisir ou, du moins, devenir plus conscients des évolutions en cours pour se prononcer.

Le premier modèle correspond, grosso modo, à notre système actuel centré sur la valeur intrinsèque de la personne, sa dignité, la non-patrimonialité et l’indisponibilité du corps.  La solidarité nationale de la sécurité sociale est exercée sous la condition de la reconnaissance de pathologies et arbitrée selon leur gravité. C’est un modèle de solidarité et de responsabilité élaboré à partir de la priorité du soin des plus faibles.

Le second modèle est influencé par certains courants des libéralismes politiques, économiques et éthiques anglo-saxons, et par certaines formes d’utilitarisme. Il privilégie la liberté de l’individu et la libre disposition de soi – y compris des éléments du corps – tant que l’exercice de sa liberté ne nuit pas à autrui. Il valorise la contractualisation. Il considère que ce n’est pas à l’Etat de réguler l’usage des techniques médicales, par exemple celles d’AMP, mais que ces techniques doivent être mises en œuvre à la demande des personnes, même hors cadre pathologique, si possible, évidemment, avec la mobilisation financière de l’Etat en raison de l’égalité entre tous les citoyens. Le centre est cette fois l’individu convoquant la société pour réaliser ses choix, et réclamant de façon paradoxale à la fois l’autonomie d’indépendance et le lien et le soutien.

Voilà qui invite à réfléchir, ne serait-ce que pour interroger la cohérence interne de ces modèles. Nous ne pouvons à la fois promouvoir un modèle très libéral et réclamer en même temps une solidarité sociale qui serait commandée par la volonté des individus sans considérer un système complet de droits et de devoirs et en faisant l’impasse sur les critères qui président aux arbitrages en matière de politique de santé.

Les questionnements sur chacun des dossiers bioéthiques pourraient nous obliger à travailler, devant les urgences du temps, à un nouvel humanisme. Encore faut-il ne pas les traiter uniquement comme des points techniques, mais nous aider à en mesurer les enjeux collectifs : quel monde commun voulons-nous pour demain ? C’est bien de cela dont il est question.

Père Bruno Saintôt
Responsable du département Éthique biomédicale du Centre Sèvres

Photo ©La Croix

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