L’Eglise peut-elle se relever ?

Etienne GRIEU centre sevres

Après l’avalanche de révélations aux relents pestilentiels qui se sont abattus sur l’Eglise ces derniers temps, on peut sérieusement se demander si celle-ci parviendra à se relever. Le ressort de la confiance, absolument fondamental lorsqu’il s’agit de foi, n’est-il pas en train de se rompre ? Les communautés chrétiennes peuvent-elles encore annoncer une Bonne Nouvelle de réconciliation, de justice et de paix, lorsque leurs autorités sont soupçonnées de duplicité ? Comment désormais résonne le mot « amour » quand il est prononcé dans les églises[1] ?

Au moment d’entrer dans le temps du Carême, l’Eglise se retrouve dans la position de celui à qui, d’un seul coup, est dévoilé l’ampleur de son péché : « Oui je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi » ; sentiment de honte et d’effondrement de soi – du moins, de l’image de soi.

Mais n’est-ce pas aussi, en vérité, une expérience de lucidité, qui oblige à faire le deuil d’une vision très idéalisée de l’Eglise : celle-ci, ses ministres, sont faits exactement de la même pâte que la commune humanité, aussi merveilleux et nauséabonds que tout être humain. Et pourtant, tournés vers Dieu, ils demeurent signe et chemin vers Lui.

Bientôt, dans la Passion du Christ, nous contemplerons Celui qui a rejoint l’homme pécheur jusqu’à s’identifier à lui. C’est Lui, Lui seul, qui relèvera l’Eglise. Et il la relève non pas en la transposant hors de sa réalité, mais à partir de celle-ci, car sa Pâque trace une voie vers Dieu à travers le péché et la mort.

Etienne Grieu, sj
Président du Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris

[1] Ces questions seront abordées dans le cycle de conférences animé par Geneviève de Taisne et Jean-Paul Lamy, « Relation pastorale et respect des personnes » qui commence le 26 mars prochain, au Centre Sèvres.