Le Verbe incarné…

Du P. Jean-Marie Tézé, jésuite, sculpteur (1919-2012)

 

Beaucoup se sont étonnés, scandalisés parfois, qu’une religion de la transcendance et de la parole comme le christianisme puisse recourir à des images et à des images anthropomorphiques. Mais le Dieu des chrétiens s’est précisément révélé en prenant la forme de l’homme. […] Si imparfaites soient-elles, les images ont le privilège de montrer aux yeux et de maintenir en l’esprit la réalité irréductible du Verbe incarné.

 

Vouloir dépasser cette réalité pour parvenir à une connaissance supérieure, c’est toujours éluder la figure que Dieu s’est donnée, se croire le garant de la transcendance et finalement tomber dans le piège de l’anthropomorphisme qu’on veut éviter. L’homme n’a que trop tendance à concevoir Dieu à son image, comme le miroir de son idéal ou le double de son esprit. Mais en se manifestant, sa vie durant, dans une chair sensible, dans une image purement sensible sur la Croix et après la Résurrection d’une manière qui fut encore sensible, Dieu montre qu’il est infiniment au-delà de ce que nos esprits peuvent concevoir. Car le propre du sensible, toujours inépuisable et ineffable, est d’excéder l’esprit de l’homme.

 

Théophanies du Christ, Desclée, 1988, p. 192