Le sens du commencement, d’après Hannah Arendt

Le miracle du commencement, Arendt ne cessera de le décliner dans la suite de son oeuvre. Agir, pardonner, promettre, chacun de ces pouvoirs, chacune de ces facultés humaines, est un commencement miraculeux, dans la mesure où il introduit du neuf, de l’inattendu et même de l’inespéré dans le monde des hommes.

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Le mot d’ordre pour tout homme est donc de commencer ; l’homme a été créé pour commencer ; il est appelé à conserver intacte cette fraîcheur du commencement : telle est  la vocation originelle de tout être humain. D’où la mise en garde très forte d’Arendt : il faut protéger l’aptitude à commencer de l’enfant. La raison d’être de la création de l’homme est donc double : l’appel à la spontanéité humaine et le refus de sa destruction […].

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L’homme est né pour agir, pour commencer du neuf. L’action est donc la réponse à la condition de natalité. Or, le concept clé de la métaphysique a été jusqu’ici la mortalité ; pour Arendt, au contraire, la catégorie centrale de la pensée est la natalité. « Les hommes, bien qu’ils doivent mourir, ne sont pas nés pour mourir, mais pour innover. »

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Jusqu’à la fin de sa vie, Arendt mettra l’accent sur « la spontanéité effarante de l’acte libre » ; jusqu’au bout, elle accordera une attention particulière à ce thème du commencement ; et elle ira jusqu’à considérer saint Augustin comme l’un des seuls penseurs chrétiens à avoir tiré la conséquence du fait que l’homme était créé à l’image de Dieu en lui reconnaissant une faculté semblable de commencer.

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« Le totalitarisme ou la fin de la tradition », par Véronique Albanel dans 1840-1960 Guerre et paix – Une lecture philosophique et théologique, Cahier Médiasèvres 2013 n°172