La joie paradoxale

Le ralentissement considérable de la vie sociale, fruit des mesures sanitaires, s’accompagne d’un phénomène, somme-toute, inattendu : la fatigue. Tout le monde est fatigué, les journées et les heures paraissent plus lourdes, les décisions, difficiles à prendre, la to-do list résiste à se laisser entamer, le temps devient pâteux. C’est paradoxal car moins de vie sociale signifie moins de déplacements, moins de discussions et d’échanges, moins de rencontres, moins d’énergie dépensée, en somme. Nous devrions nous sentir léger de tout ce que la Covid a fait disparaître de nos agendas. Or c’est plutôt le contraire…

Serait-ce que c’étaient précisément toutes ces rencontres, ces paroles échangées, ces poignées de main, ces embrassades qui nous rendaient la vie légère ? Comme s’il y avait là, caché, une source de vitalité et de joie.

Et tout cela vient alors que nous entrons dans le temps du carême, cette marche vers Pâques. Elle est encadrée par deux figures de l’extrême solitude : Jésus reste quarante jours dans le désert, tenté par Satan. Et il meurt comme un maudit, rejeté de son peuple, interdit de Dieu.

Il a refusé d’échapper à cet isolement car il y a vu la seule manière, pour lui, de continuer de dire qu’il tenait à nous, jusqu’au bout.

A partir de là, nous pouvons découvrir que dans nos isolements, quelqu’un, en fait, vient nous visiter. Voilà sans doute l’expérience à faire, pour ce carême. Ecouter ce qui peuple le silence, ce qui habite les vides, Celui qui rejoint les fatigues, les détresses et les chagrins inconsolables. Peut-être y a-t-il ici la source, encore plus vivifiante que tout ce que nous pouvons échanger.

Je n’en dis pas plus ! Maintenant, c’est à vous d’écouter….

Etienne Grieu, sj

Recteur du Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris