Église et État : quel dialogue ?

A distance d’un commentaire politique du discours d’Emmanuel Macron le 9 avril aux Bernardins, lisons cet événement du point de vue de l’Eglise en se demandant quels possibles cela ouvre et quelle stimulation elle en reçoit pour comprendre sa mission aujourd’hui. A travers les huit interventions qui ont été prononcées, je vois avant tout de quoi résister à la tentation pour elle de se constituer en contre-société qui se pense en retrait de l’espace où s’organise la vie ensemble. Tentation qui commence dès qu’on oublie de s’intéresser aux lieux où l’on vit, aux acteurs qui y sont engagés, aux tensions et souffrances qui les marquent. Posture, finalement, confortable mais fermée, bien loin de l’Evangile.

Mais accepter de parler avec les politiques et prendre au sérieux leurs appels conduit-il à entrer dans un jeu d’influences, de rapports de forces, d’échanges de bons procédés, d’images, où l’Eglise risque au final d’être instrumentalisée ? Le risque ici n’est jamais nul. Nous avons de quoi nous en prémunir : lundi 9 avril, c’est la parole de Samuel et de son frère, celle de Vanina et de Charles, de Martine et de Marine qui ont fait entendre, avant les discours de Mgr Pontier et d’Emmanuel Macron, un rendez-vous essentiel, presque toujours manqué, mais qui n’en continue pas moins de tarauder l’Eglise et la société. Des voix qui ont traversé les impossibles, qui nous arrivent depuis ces zones où l’on ne parle plus, où l’on peut seulement serrer les dents.

L’Eglise aussi bien que l’Etat, les communautés chrétiennes et la société ont rendez-vous d’abord avec ceux qui vivent dans les replis du silence. C’est le chemin fait avec ces personnes qui dit ce qu’il en est de la justesse de nos paroles, de nos actes, de nos institutions, de nos projets.

Accordés à un tel diapason, alors, oui, il y a de quoi avancer ensemble.

Etienne Grieu

Président du Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris