Culture du débat

Pouvons-nous progresser vers une pratique plus large, plus sereine, plus constructive, du débat, afin qu’il consiste moins en affrontements entre positions déjà fixées, et davantage en une recherche de chemins viables et justes ?

Dans notre pays, les états généraux de la bioéthique, de même que l’élaboration d’une nouvelle loi sur l’immigration, constitueront des tests de la capacité d’une nation à ouvrir un espace de parole et de réflexion en vue de décisions qui auront un impact direct sur des êtres humains très vulnérables.

Dans les deux cas, les Eglises sont parties prenantes du débat, elles ont des choses à dire : pas seulement des positions à défendre, mais également des propositions à faire, une recherche à laquelle contribuer. Surtout, elles ont cette liberté de poser des questions assez fondamentales : finalement, quelle société voulons-nous ? régie par quelle logique ? (lire le billet de Bruno Saintôt).

Pour l’Eglise, le débat n’est pas accessoire, il est constitutif de son être même : que serait un corps sans parole ? Au chapitre 15 des Actes des apôtres, on assiste à la première grande délibération des communautés chrétiennes, et c’est un événement : une décision est prise, audacieuse, irréductible à la somme des rapports de force en présence, et elle ouvre des horizons extrêmement larges et prometteurs.

Une des missions du Centre Sèvres est de former de futurs responsables d’Eglise à la délibération attentive, franche et respectueuse, animés par la foi que l’Esprit est à l’œuvre quand des chemins de vie s’ouvrent. Voilà un point d’attention majeur de notre pédagogie.

Etienne Grieu, s.j.
Président du Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris