Chantal Amiot – Une vie simple – « Chemin de présence », Revue Christus oct. 2014

 

Fatigués par un monde trop complexe, nous rêvons souvent de simplicité comme d’un matin nouveau, analogue à celui que nous donne la nature. Celle-ci ne nous offre-t-elle pas dans sa spontanéité comme une germination souterraine qui porte à la lumière le neuf d’un jour renouvelé ? Mais à quelles conditions ce vœu de simplicité peut-il être légitime ? Car il pourrait bien être un leurre, une manière de nous protéger du réel en nous laissant séduire par le fantasme d’un bonheur immédiat sans confrontation avec la dureté du monde.

 

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Nous voici arrivés à l’aube d’un jour nouveau, à un horizon de réalité plus vaste, ouvert par les initiatives créatrices exigées par la situation et dans les bonheurs et les périls de la culture humaine. La simplicité désirée immédiatement est désormais d’un autre ordre puisqu’elle est celle d’une personne enracinée dans les institutions de sa culture qu’elle a instaurées, dans un corps social, ayant sans cesse à opérer la médiation de la vie naturelle par son projet d’humanité, agissant ici et maintenant dans une complexité qui n’est plus le fouillis et le chaos qu’on redoutait mais le lieu et la matière de son inventivité créatrice. Présence simple de cette synthèse dynamique et responsable qui est la respiration d’une vie « humaine » et « humanisante » – soutenue dans la foi par le souffle bienfaisant d’une Présence prévenante et salvatrice.

 

Christus octobre 2014, pp. 416 et 423