Carême prophylactique ? 

ETIENNE GRIEU President du Centre sevres

Nous entrons dans le temps du carême en même temps que dans la peur de l’épidémie. Sans doute avions-nous besoin de sortir de l’imaginaire d’aventuriers qui tracent leur route seuls en laissant derrière eux obstacles et adversités vaincues. Ce petit virus couronné vient nous rappeler sans ambages que nous sommes de la même famille, reliés les uns aux autres pour le meilleur et pour le pire. En fait, plus que simplement reliés : dépendants les uns des autres, respirant le même air, soumis aux mêmes contagions – là encore, pour le meilleur et pour le pire.

Peut-être cela invite-t-il à un carême qui soit moins une lutte en solo contre nos propres travers et tout ce qui en nous est piégeux, et davantage un combat pour retrouver tous ceux dont j’ai oublié qu’ils sont ma sœur, mon frère. Simplement les rejoindre, pour le plaisir de se souvenir que nous sommes du même sang et de la même terre, qu’un même souffle nous anime, que l’espérance qui nous soulève, passe par leur présence, leur regard et leur vie.

Quand un lépreux se présente à Jésus et le supplie d’être guéri, celui-ci a ce geste étonnant de s’avancer vers lui pour le toucher (Mc 1, 41). Il savait, pourtant, qu’en faisant cela, il se souillait et devenait lui-même impur – aujourd’hui, on dirait : contagieux. Et pourtant il prend ce risque, réintroduisant cet homme dans l’humanité qui peut s’embrasser. Et quand le contact est ainsi rétabli, tout se passe comme si la vie divine pouvait à nouveau circuler : l’homme malade est guéri.

Je vous souhaite un carême pas trop prophylactique – j’espère – mais surtout fraternel !

Étienne Grieu, sj
Recteur du Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris