Epiphanie 2014, « Et ils revinrent par un autre chemin… » P. Aloyse Schaff

« Où est le roi des Juifs » demandaient les mages, ces sages venus d’Orient consulter les Écritures auprès des responsables de Jérusalem, et Hérode prenait peur. Trente ans plus tard, dans la dérision, Pilate faisait écrire : « Jésus de Nazareth Roi des Juifs »,  et montrait la croix et un condamné, défiguré.

 

Quel destin pour un homme qui a refusé d’être roi et pourtant tellement parlé de royaume, du Royaume des Cieux, du Règne de Dieu. Hérode et Pilate craignaient des concurrents, des princes à leur image. Les mages, eux aussi, s’attendaient à rencontrer et honorer un Roi en sa cour, en son pouvoir, mais ils ne trouvèrent qu’un enfant et sa mère. Seulement un enfant et sa mère. Autrement dit la fragilité et la tendresse. Et c’est à la fragilité et à la tendresse qu’ils offrirent leurs présents, l’or inaltérable, l’encens de la prière, la myrrhe qui sert à l’onction sainte comme à l’embaumement sacré. Et ils revinrent par un autre chemin ajoute le récit. Comme si, en cet épisode, était déjà signifié que le chemin que prendrait cet enfant serait celui de la fragilité et de la tendresse. Alors que ni Hérode en cet enfant si fragile, ni Pilate devant ce condamné, n’ont vu l’humaine image de Dieu, la divine image de l’homme, ces sages eurent prémonition qu’en Jésus Dieu était venu habiter l’homme pour amener l’homme à habiter en Dieu. Non pas en prenant et en exerçant un pouvoir extérieur sur lui, comme le ferait un prince tyrannique, mais en cheminant dans son humanité, dans sa fragilité, dans l’injustice ressentie, la violence subie, pour montrer l’amour de Dieu.

 

Il serait donc ce Roi qui, de travailler de ses mains, ferait le choix. Il serait ce Roi qui n’aurait comme escorte qu’une douzaine de sans grade sans avenir. Il serait ce Roi, qui n’aurait d’autre palais pour les siens que les chemins de pierre qui ne permettent pas d’y reposer la tête. Il serait ce Roi qui n’aurait comme trône que la colline des béatitudes en Judée, ou le banc d’un esquif de pêcheur du lac. Il serait ce Roi sans argent qui dirait bienheureux les pauvres, les artisans de paix, ceux qui pleurent à cause de la paix, de la justice. Il serait ce Roi qui demanderait à boire à une femme de la Samarie honnie. Il serait ce Roi qui se ferait inviter à la table des sans-loi, s’y laisserait toucher par une femme de pauvre renommée. Il serait ce Roi qui se mettrait à genoux devant ses disciples comme le faisaient les plus petits des serviteurs aux pieds de leurs maîtres. Il serait ce Roi qui n’aurait que le commandement de l’amour pour loi et à cause d’elle porterait une pourpre dérisoire, un roseau pour sceptre, des épines comme couronne. « Voici votre Roi » déclarera Pilate.

 

P. Aloyse Schaff

 

Extrait d’une homélie en Lorraine pour l’Epiphanie 2014