L’évangile des temps de crise, François VARILLON

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François Varillon sj, « L’évangile des temps de crise – Mc 13, 24-32 »

Extrait de « La Parole est mon royaume » Le centurion, 1986, p. 171-175.

 

De même que le paysan ne s’impatiente pas de ne pas voir venir l’été avant que les feuilles de figuier ne poussent, de même en toute situation de crise, il importe de ne pas s’agiter. Le calme est au cœur d’une spiritualité pour les temps de crise » (…)

Quand nous voyons s’assombrir le paysage, que ce soit notre paysage intérieur ou le paysage du monde, nous sentons passer sur nous le vent de la peur qui précède l’imminence du raz de marée.

Or la peur est une malédiction biblique. A toutes les étapes de l’Alliance, Dieu évoque la peur comme le signe de la diminution ou de la disparition de la foi : « Si vous ne m’écoutez pas, dit-il, si vous ne mettez pas en pratique mes commandements… je vous assujettirai au tremblement » (Lv 26,16)

Le découragement est aussi, comme la peur, un symptôme de crise : une sorte de lassitude de vivre accompagne la déception, surtout quand l’espoir était vif, comme c’est le cas aujourd’hui dans de larges secteurs de la jeunesse.

Pour vaincre dans la dignité le découragement et la peur, il faut d’abord, comme dit l’Ecriture, redire ad cor, rentrer au-dedans de soi, se recueillir. Ce n’est que du dedans de soi qu’on peut prendre la mesure réelle des évènements. (…) Mais il y a deux manières de prendre du recul : se recueillir ou s’évader. (…)

Le recueillement, c’est tout autre chose que l’évasion. Par le recueillement, on rejoint Dieu qui ne survole pas le monde comme un hélicoptère, mais qui est au cœur du monde, au cœur des personnes, des évènements et des choses. Celui qui se recueille en Dieu cesse d’être bloqué dans l’immédiat, il acquiert ce que j’appellerai une intelligence pascale de l’histoire.

Le mystère pascal est au centre de notre foi. Mourir avec le Christ et ressusciter avec lui, c’est toute la vie chrétienne. Chacun de nos actes libres de justice et d’amour fait mourir notre égoïsme et nous assimile au Christ. Il n’y a pas de décision sérieuse qui ne soit mortifiante en quelque manière : on ne peut pas à la fois se donner et se garder pour soi. Mais nous croyons qu’en consentant à mourir, nous vivons davantage de la vie du Christ ressuscité. La vie, qui est un tissu d’actes libres (ou de décisions), est un continuel passage – par les multiples seuils des morts partielles – à la vie du Christ ressuscité. Mais il y a des heures particulièrement graves où il n’est plus permis de choisir sa manière de mourir. Ce sont les grandes crises. Tel genre de mort, et non pas tel autre, nous est imposé par la situation historique. Une surface strictement délimitée sur le terrain interdit que l’on cherche ailleurs le lieu où dresser la croix. Si l’on s’obstinait à vouloir la dresser ailleurs, elle pourrait bien être une croix, mais ce ne serait pas la croix du Christ. Il y aurait sacrifice sans doute, mais non pas sacrifice d’obéissance. ( …)

L’espérance, elle (à la différence de l’optimisme) est une certitude : je suis certain que l’Alliance de Dieu avec l’humanité est éternelle. Par la foi, je prends appui sur le passé de l’histoire du salut ; Dieu s’est autrefois révélé à nos Pères ; Il a contracté alliance avec l’humanité ; il a été fidèle à sa promesse. Je crois en Dieu qui a parlé à Abraham, à Isaac, à Jacob et à Moïse ; je crois en l’incarnation du Verbe qui a souffert, est mort, est ressuscité. Cela, historiquement, est passé ; mais c’est Mon passé ; en tant que chrétien, j’en suis issu. Dès lors, si je me tourne vers l’avenir, j’espère. Si Dieu fut fidèle, il ne cessera pas de l’être…