Lettre de Pâques – correspondance entre Jean-Joseph Surin, sj, et la prieure du Carmel de Bordeaux

Correspondance - Jean Joseph Surin

Jour de Pâques 1661

Je ne voudrais pas, ma très chère sœur, laisser passer ce saint temps sans vous dire mes sentiments sur la résurrection de notre Seigneur par rapport à nous autres, qui lui sommes tous dévoués.

J’estime que sa vie glorieuse doit opérer en nous une participation des effets de force et de puissance qui éclatent en elle en tant de manières. Car si nous sommes bien disposés, si nous avons une étroite union avec Jésus-Christ, nous ne manquerons pas de ressentir la vigueur de sa nouvelle vie, l’ardeur de son Esprit, sa grâce de force qui nous est si nécessaire pour sortir de nos faiblesses, pour surmonter nos lâchetés, pour nous élever au-dessus de nos intérêts, pour nous dégager de cette continuelle application que nous avons à nous-mêmes, de ces réflexions que nous faisons sans cesse sur nous; pour nous livrer à Dieu sans réserve; pour nous abandonner généreusement à sa providence; pour nous soumettre sans résistance à toutes ses volontés; pour nous tenir constamment attachés à nos croix et, en quelque état que nous soyons, correspondre toujours à la grâce et coopérer à l’ouvrage de Dieu qui est de nous conduire comme par degrés à la perfection de son divin amour.

Dieu veut que l’âme y travaille avec lui, qu’elle soit attentive à tous, qu’elle prenne part à tout, de la manière, à proportion, que fait l’enfant qui apprend à écrire, laissant conduire sa main par son maître pour bien former les caractères.

(…)

Alors Jésus Christ est dans l’âme comme ressuscité, lui communiquant sa vie glorieuse, selon ses paroles de Saint Paul aux Corinthiens : « Pour nous en qui le visage découvert du Seigneur imprime sa gloire comme dans un miroir, nous sommes transformés en son image, notre gloire venant de la sienne comme de l’Esprit du Seigneur ». (2 Cor 3, 18) En cet état, l’âme est une même chose avec Jésus-Christ.

Jean-Joseph Surin, lettre du 19 avril 1661, jour de Pâques, à la prieure et à la communauté du Carmel de Bordeaux. Correspondance, éd. Michel de Certeau, Desclée de Brouwer, 1966, p. 1110-1111