Visitations

Visitations

Au cours de ces mois de pandémie, nous avons beaucoup entendu l’expression « prends soin de toi », « prenez soin de vous » ; un conseil, presque un appel, qui traduit l’appréhension que nous ressentons pour nos proches menacés par la maladie. Et ces mots, souvent placés en fin de courrier ou prononcés au moment de se séparer, disent que nous sommes capables d’attention et de tendresse les uns pour les autres. C’est, en soi, une bonne nouvelle !

Mais on pourrait ajouter « prends soin de Dieu » ; car ce soin de soi renvoie à Celui qui, dès notre première heure, nous a frayé un chemin vers le jour et n’a cessé de prendre soin de nous. Au point de ne pas seulement nous porter à l’existence, mais de faire corps avec ce qui en nous est vivant et cherche son accomplissement. Dès lors, ce combat souvent pathétique de chaque être humain pour vivre et faire entendre sa voix, Dieu en fait son affaire personnelle. C’est pourquoi, quand tu prends soin de toi, c’est aussi de Lui que tu prends soin.

Penser ainsi, l’air de rien, donne une tout autre ampleur à notre existence : elle se déploie à partir d’un dialogue continu – même s’il est sans paroles – avec cet hôte infiniment respectueux et discret. Et puis, cet hôte est présent chez tous ceux que je croise ; à eux aussi, il donne confiance, force et paix. Et sans doute est-il à l’œuvre dans les plantes qui poussent, les nuages qui passent, le soleil et la rosée fugace. Un jour, comme dans l’épisode de la Visitation, nous serons réunis par ce qui, en chacun de nous, relevait de cet hôte étonnant, si grand qu’il a pu se faire si petit.

Très bon été ! Qu’il soit rempli de mille Visitations !

Etienne Grieu, sj

Recteur du Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris