« US midterms » : les enjeux d’un vote

Le président des Etats-Unis est l’un des hommes les plus puissants du monde. Il est aussi l’un des plus surveillés, par le peuple américain et ses représentants. A peine élu, il doit affronter au bout de deux ans des élections dites de mi-mandat (Midterm elections) pour le renouvellement du Congrès (la totalité de la Chambre des Représentants et le tiers du Sénat). C’est à peu près comme si Emmanuel Macron devait faire face l’an prochain, en lieu et place des insignifiantes élections européennes, à des élections législatives susceptibles de le priver de majorité à l’Assemblée nationale.

Lorsque le camp du président américain, dans le cas présent le parti républicain de Donald Trump, perd ces Midterm elections, c’est toute la liberté de manœuvre de l’exécutif qui se trouve amputée pour les deux années suivantes.  Ainsi, en 1994, le démocrate Bill Clinton avait vu déferler sur Washington  une vague républicaine de la droite religieuse conservatrice menée par Newt Gingrich. Cela n’avait pas empêché Bill Clinton d’être réélu en 1996, mais en étant très malmené par le Congrès.

Et là, que va-t-il se passer ? Par leur vote du 6 novembre prochain, les Américains vont-ils sanctionner les errances et  les outrances de Donald Trump, ou au contraire lui renouveler leur confiance ?  Le parti démocrate présente un grand nombre de candidats, et surtout de candidates, plus jeunes qu’à l’habitude. Les premiers sondages ont indiqué que cette volonté de renouveau, et une grande lassitude à l’égard des extravagances  de Donald Trump, mettait les démocrates en position de favoris, en particulier auprès des électrices et auprès d’une population ouvrière qui s’était tournée vers Trump, en 2016, très souvent par désespoir.  Puis l’écart s’est resserré, et le résultat est devenu incertain.  C’est que Donald Trump, aussi étrange que cela puisse paraître aux yeux de beaucoup d’Européens, reste populaire dans son pays. En présentant ces Midterms comme un plébiscite pour ou contre le président, les républicains ont fait oublier qu’il n’a tenu qu’une faible partie de ses promesses. Le protectionnisme, le discours sur les immigrés ont en revanche resserré les rangs de ceux qui, aux Etats-Unis comme ailleurs, ont voté Trump par crainte de l’ouverture au monde. Peu importe que sa politique économique assèche partout les marchés financiers ou ranime les risques de guerre commerciale. Le chômage est au plus bas et le discours nationaliste simpliste paye sur le plan électoral. Sans compter que certaines ouvertures inattendues, vers la Corée du Nord par exemple, tempèrent les propos bellicistes à l’égard d’autres pays, comme l’Iran.

Ceux qui ont sans doute le plus à perdre, en cas d’un vote favorable à ce président imprévisible et fantasque, sont les Européens, qui verront le marché américain se fermer un peu plus à leurs produits. Raison de plus pour essayer de comprendre ce pays, les Etats-Unis, né de l’Europe et pourtant si différent.

Jean-Luc Pouthier
Responsable du département d’Ethique publique du Centre Sèvres