Sortie du 600e volume de la collection Sources Chrétiennes : Le Commentaire de Cyrille d’Alexandrie sur l’évangile de Jean

Le père Michel Fédou, directeur du département de patristique du Centre Sèvres, nous donne un avant-goût de la soirée du 12 décembre 2018 sur le 600e volume de la collection Sources Chrétiennes : Le Commentaire de Cyrille d’Alexandrie sur l’évangile de Jean

Quelle belle aventure que celle des « Sources Chrétiennes » qui, en cette fin d’année, atteint son 600e volume !

La collection avait été fondée à Lyon, en 1942, par le P. Henri de Lubac et le P. Jean Daniélou. Elle était d’abord destinée à faire connaître en Occident les écrits de l’Orient grec, mais, assez rapidement, elle publia aussi des textes et traductions de Pères latins ; elle s’est aussi ouverte à certains auteurs du Moyen Age comme Bernard de Clairvaux, et elle a également fait droit à des auteurs de langue syriaque comme Ephrem.

Le volume 600 de la collection, qui va faire l’objet d’une présentation au Centre Sèvres le mercredi 12 décembre (19h30-21h30), donne accès à un texte majeur : le premier livre du Commentaire de Cyrille d’Alexandrie sur l’évangile de Jean, édité et traduit par Bernard Meunier. Ce volume est particulièrement important car il porte sur les tout premiers versets de l’évangile de Jean : la méditation de l’évangéliste sur le Verbe de Dieu, qui était « auprès de Dieu », qui « était Dieu », et qui, un jour du temps, « est devenu chair et a demeuré parmi nous ».

Cyrille, qui fut patriarche d’Alexandrie au 5e siècle, est notamment connu pour son opposition au patriarche de Constantinople Nestorius (qui refusait la vénération de Marie comme « mère de Dieu »), et pour son rôle lors du concile d’Ephèse en 431. Son commentaire sur l’évangile de Jean est antérieur à cette controverse : il a dû être écrit entre 425 et 428 ou 429.

L’explication de l’évangile suit le texte pas à pas, et s’attache surtout à en montrer la signification doctrinale. En particulier, Cyrille s’en prend à la doctrine de l’arianisme, qui voyait dans le Fils de Dieu une créature ; il s’appuie sur les premiers mots de l’évangile (« Au commencement était le Verbe… ») pour souligner la génération éternelle du Fils, antérieur à toute créature. Son commentaire du verset « le Verbe s’est fait chair » est spécialement intéressant. Il montre que, avant même la fameuse controverse avec Nestorius, Cyrille était déjà habité par ses convictions centrales en matière de christologie : il y a une union radicale de Dieu et de l’homme dans le Christ, et cette incarnation est elle-même ordonnée au salut de l’humanité.

Le « prologue johannique » (comme on dit aujourd’hui) n’a pas cessé de susciter réflexions et débats au cours de l’histoire, depuis l’époque des Pères de l’Église jusqu’à la nôtre. Son interprétation engage en effet des questions qui sont parmi les plus profondes de la théologie trinitaire et de la christologie, et c’est une tâche essentielle que d’essayer, aujourd’hui comme hier, de comprendre ces versets avec justesse et d’en manifester la portée pour les communautés chrétiennes. Au service même de cette tâche, nous pouvons tirer grand profit d’un commentaire comme celui de Cyrille d’Alexandrie, l’un de ces Pères de l’Église qui ont trouvé dans l’évangile de Jean une source essentielle de leur réflexion sur le Dieu de Jésus-Christ.

Michel Fédou, s.j.