Repenser l’éducation morale pour aujourd’hui ? Échos du colloque de l’ATEM par Alain Thomasset,s.j.

Le colloque de l’ATEM a réuni près de 90 personnes du 29 au 31 août 2018, théologiens, philosophes, éducateurs, pédagogues pour se pencher sur l’éducation morale aujourd’hui. Ce dialogue entre éthiciens et acteurs de terrain a suscité des réflexions passionnantes dans une atmosphère conviviale. Notre première journée visait à faire le point de la situation des jeunes aujourd’hui, ainsi que le contexte culturel qui les environne avec ses chances et ses obstacles, les questions que cela pose à l’éthique théologique. La deuxième journée abordait les réflexions sur la pédagogie et a permis de recueillir les fruits de diverses expériences (des éducateurs spécialisés ; des enseignants dans le domaine de l’éducation affective, relationnelle et sexuelle ; la relecture des expériences de volontariat ; l’éducation morale et civique à l’école, la pédagogie de la presse, etc.). La troisième journée a donné l’occasion d’examiner les ressources éthiques dont nous disposons pour une construction et une unification des sujets moraux.

Il est bien sûr impossible de résumer les apports de ces échanges (les actes seront publiés dans la Revue d’Éthique et de Théologie Morale) mais il est possible d’évoquer quelques points d’attention. L’éveil et la croissance des libertés responsables reste le but essentiel de l’éducation, comme le rappelle le pape François. Aujourd’hui les repères culturels et spirituels de cette croissance (qui sont à la fois des enseignements, des apprentissages et des savoir-être) ne sont plus évidents et doivent être fournis par les familles, l’école, et les communautés capables d’offrir des propositions de sens qui motivent à entrer dans une démarche de vie bonne pour chacun et pour tous. Nous avons évoqué l’intérêt pour aujourd’hui de repenser une pédagogie de l’initiation (qui suppose la proposition d’expériences à vivre et à relire, d’épreuves à dépasser), d’un apprentissage des vertus (qui font entrer dans l’acquisition de dispositions vers le bien, qui  fournissent du sens et qui supposent un accompagnement), de la cohérence entre les divers acteurs de l’éducation (famille, éducateurs, école..) , de l’importance de proposer des récits et des symboles qui servent à alimenter l’imaginaire des jeunes et leur capacité à trouver leur identité (l’exemple de la presse jeune, des romans, des contes…). En ce sens, le rôle de la Bible et celui des pratiques de la communauté ecclésiale ont également été examinés. C’est encore l’importance du dialogue à tous les niveaux qui a été mis en lumière, car les jeunes d’aujourd’hui ne valorisent que ce qui provient d’une relation avec des personnes de confiance.

Nous n’avons certes pas fait le tour de ce thème si important et nous sommes repartis avec des questions qui continueront à susciter notre réflexion. Comment à la fois fournir des ressources culturelles par le biais de traditions vivantes et particulières (dont celle du christianisme) et en même temps s’ouvrir à une vie commune pour tous, à un monde commun ? Comment penser à la fois une vision de l’humain qui oriente notre démarche et une pédagogie pour la mettre en œuvre, la faire découvrir ? Avec quelles étapes, quelles hiérarchies entre les valeurs promues ? Enfin comment dans toute éducation ne pas oublier le souci des plus petits, la proposition d’habiter le monde qui prenne en compte les clameurs des pauvres et les clameurs de la terre ?

Alain Thomasset, s.j.
Doyen de la Faculté de Théologie du Centre Sèvres

Lire l’interview du père Alain Thomasset dans LA CROIX du 28 août 2018 « Aujourd’hui il faut apprendre à faire le bien, car il n’est plus donné d’avance »