Rentrée au Centre Sèvres sous le signe de l’utopie.

Au Centre Sèvres, chaque année commence par une session de deux semaines sur une thématique choisie pour l’occasion. Cette année : « L’utopie, réactiver l’imagination ».

Outre le côté anecdotique d’étudier le livre de Thomas MORE, 500 ans après sa parution, voilà une approche pertinente et astucieuse pour réactiver notre propre imagination et notre réflexion au seuil de cette année étudiante. L’Utopie de Thomas MORE est un ouvrage de référence, nous l’avons donc étudié sérieusement afin de fonder notre pensée de l’utopie sur une assise légitime. Une manière de mettre une nouvelle fois en pratique cette devise du Centre Sèvres : « Donner de la profondeur à la réflexion ».

La première semaine, différents enseignants du Centre Sèvres nous ont conduit à décortiquer l’œuvre par une plongée dans le contexte de la Renaissance et de l’Humanisme, par une analyse textuelle et littéraire, par des perspectives d’interprétation de certains aspects précis de l’œuvre ou encore par l’étude de la tradition de la pensée utopique après Thomas MORE. Ce fut donc une semaine au cœur du livre, et cela était nécessaire pour comprendre que le concept d’utopie n’est ni un rêve, ni un programme, ni une satire mais une démarche avant tout intellectuelle (et littéraire) visant à créer un terrain de réflexion qui interpelle le lecteur, suscite son imagination et active sa raison critique. Cette œuvre est un véritable exercice de pensée, et il l’est pour chacun de nous. Comme le proposait Alain CUGNO au terme de son intervention : « les utopies fonctionnent comme des utopies parce qu’elles sont des œuvres d’art », une manière peut-être de dire que l’utilité de l’utopie est d’interroger le regard que nous portons sur le réel.

Nous avons abordé la seconde semaine avec la perspective d’une pensée utopique pour aujourd’hui. Et le parcours fut stimulant et dépaysant ! Nous nous sommes d’abord plongés dans le documentaire « Une idée folle » de Judith BRUMBACH qui est venue nous présenter son film où elle va à la rencontre d’enseignants qui inventent des manières nouvelles d’éveiller les enfants à la citoyenneté. Puis, nous avons fait un saut dans le monde de l’architecture et de l’urbanisme, avec Jean-Louis VIOLEAU, qui nous a fait entrevoir ces jeux de détournements, d’inachèvements, où un quartier peut être tout à la fois dans l’adhésion et le décalage avec son temps. Nous avons ensuite accueilli Danièle HERVIEU-LEGER qui nous a interrogé sur la réforme religieuse avec l’illustration de la refondation du monachisme en France, créant des lieux d’utopie où se dessinerait aujourd’hui un « puzzle » entre écologie, liturgie et hospitalité. Enfin, c’est par le cinéma que nous avons conclu ce voyage, avec Mathieu MACHERET, qui nous a donné à voir l’anti-utopisme dans des films notamment de science-fiction dans les années 70.

Deux semaines ô combien dépaysantes pour se remettre le pied à l’étrier au seuil de cette nouvelle année étudiante !

Jean-Baptiste ROY sj (étudiant au Centre Sèvres en 3eme année de parcours intégré)