Le cycle de cours interreligieux « identité et dialogue », sur le thème du péché et du pardon

Sœur Agnès Kim, vous proposez cette année, dans le cadre du département Religions et cultures du Centre Sèvres, un cycle de cours interreligieux « identité et dialogue », sur le thème du péché et du pardon[1]. Qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’un tel parcours ?

Si l’on regarde l’histoire du christianisme, on remarque que nous avons le plus souvent appréhendé les autres religions à partir de nous-mêmes, avec donc, le risque d’imposer avec violence, sur elles, nos propres vue – au nom de l’urgence de sauver les autres, considérant ceux-ci comme damnés aux enfers, par exemple. En même temps, heureusement, le concile Vatican II fait entendre une autre tonalité : la volonté de travailler pour l’unité de l’humanité et pour la paix. Cela nous invite à nous demander quel type de relation nous pourrions développer avec les autres religions de sorte que nous œuvrions ensemble à cette unité de l’humanité.

Mais comment peut-on aller vers un dialogue vraiment respectueux de l’autre ?

Cela suppose d’écouter les autres traditions religieuses pour elles-mêmes, tout en ayant conscience que notre écoute sera toujours marquée inévitablement par la foi chrétienne : nous devons savoir et admettre que notre compréhension est colorée. Reconnaître cette limite nous situe déjà dans une position d’humilité, l’humilité vis-à-vis de la vérité. Il ne s’agit pas de relativiser ou de renoncer à  nos fondements chrétiens, mais par le dialogue, on peut approfondir, intensifier, ou rectifier ce qui caractérise la foi chrétienne. On pourrait dire que cela redéploie notre identité chrétienne.

Pourquoi avoir choisi le thème du péché et du pardon, qui souvent n’est pas formulé en ces termes dans d’autres traditions religieuses ?

C’est vrai que dans bien des religions, ces notions, soit ne sont pas présentes, soit ont une coloration différente de celle des traditions chrétiennes. Mais en revanche, la notion de faute est largement partagée, et cela nous permet de parler.

Que pensez-vous pouvoir découvrir à partir de ce dialogue ?

Un échange sur péché et pardon devrait faire ressortir la gratuité du don de Dieu, très marquée dans le christianisme. Mais à partir de là nous pourrions être interrogés sur ce que devient, dans la tradition chrétienne, la responsabilité humaine par rapport au mal. Et puis, des religions attirent aussi notre attention sur des aspects de la question du péché que nous n’avons jusqu’à présent pas beaucoup mis en valeur. Ainsi, dans notre monde actuel en pleine crise écologique, les traditions asiatiques, à travers leur insistance sur l’harmonie, demandent de repenser le rapport Dieu-nature-homme et ainsi de quitter un anthropocentrisme parfois trop étroit en occident, et invitent à aller vers une vision beaucoup plus intégrale de la réconciliation. Par ailleurs, les religions orientales donnent beaucoup d’importance à l’immanence, alors que les monothéismes ont tendance à tout de suite focaliser sur la transcendance.

Quels sont les intervenants qui sont prévus pour ce cycle de cours ?

Monsieur Mohamed-Soyir Badjarafil, théologien musulman, Monsieur Dominique Trotignon, de l’Institut d’Etudes Bouddhiques, Jacques Scheuer, sur l’hindouisme, le Rabbin Philippe Haddad, sur le judaïsme, et moi-même pour le christianisme. Nous avons également fait appel à un philosophe, Guilhem Causse, pour réfléchir sur les mêmes questions à partir d’une approche philosophique, donc plus à distance des traditions religieuses.

Merci beaucoup !

Propos recueillis par P. Etienne Grieu

Agnès Kim est professeur au Centre Sèvres, elle est responsable du département « Religions et cultures »

[1]    Les mardis de 14h30 à 16h30, du 28 novembre au 23 janvier.

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