Echos de la soirée « Les jeunes et la solidarité »

Oui vraiment, l’idée que les jeunes ne s’engagent plus est fausse !

Vendredi 23 novembre 2018 a eu lieu une soirée sur le thème Les jeunes et la solidarité, organisée par la chaire Jean Rodhain du Centre Sèvres, en partenariat avec le Secours Catholique – Young Caritas, et la Fondation Jean Rodhain.  Des jeunes du réseau Young Caritas du Secours Catholique ont témoigné, comme nous le raconte Grégoire Catta, s.j. (titulaire de la Chaire Jean Rodhain).

Axelle a 19 ans. Après avoir commencé des études de psychologie elle a décidé de faire une pause le temps d’une année de service civique au Secours Catholique dans les Vosges. Elle accompagne des jeunes en parcours de réinsertion. Avec son équipe « Young Caritas » – une dizaine de jeunes bénévoles à Épinal – elle organise aussi des ciné débat sur des sujets de société, une après-midi ludique de découverte de la ville pour des familles migrantes ou encore la vente d’une soupe réalisée à partir de 90kg de légumes récupérés dans des supermarchés et voués à être jetés.

Lucie a 25 ans et est bénévole au Secours Catholique dans les Yvelines. Elle vient de terminer ses études à Lille. Elle aussi fait partie d’une équipe « Young Caritas » avec laquelle elle va régulièrement les samedis organiser des activités de jeux pour les enfants de familles migrantes hébergées dans un hôtel social. Avec une autre association elle fait aussi du soutien scolaire pour des jeunes mineurs réfugiés pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance.

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Axelle et Lucie ont toutes les deux témoigné lors de la soirée de la Chaire Jean Rodhain organisée vendredi 18 novembre sur le thème « Les jeunes et la solidarité ». S’engager dans un service solidaire, où l’on donne et reçoit en tissant des relations fortes, c’est quelque chose de naturel pour elles. Un lieu pour trouver du sens également. Qui aide à se construire.

Analysant quelques résultats d’une enquête commandée par la Fondation Jean Rodhain, Jean-Luc Pouthier a confirmé combien l’image d’une génération de jeunes centrés sur eux-mêmes – en 2000, la une d’un grand magazine titrait, génération « moi-je » – était fausse. 1 jeune sur 2 aujourd’hui s’est déjà renseigné sur le service civique et quasiment autant sur des associations humanitaires. Leurs motivations sont altruistes : le désir d’être utile, de rencontrer des personnes différentes. Ce qui ne s’oppose pas au désir également de s’épanouir personnellement et de trouver du sens à sa vie.

Jean-Luc Pouthier s’est aussi interrogé sur une différence assez notable entre jeunes-filles et jeunes gens : la motivation d’être utile (à la société) est beaucoup plus souvent avancée par les premières que par les seconds. Enfin il est à noter, et d’autres enquêtes le montre également, que la motivation religieuse n’est pas déterminante pour l’engagement solidaire des jeunes aujourd’hui.

Rebondissant sur ce dernier point, Grégoire Catta a proposé un écho théologique en réfléchissant sur les rapports possibles entre foi chrétienne et engagement en solidarité. Pour le chrétien, l’engagement au service des autres n’est pas seulement une conséquence éthique de sa foi mais bien un lieu source pour la nourrir. Il est aussi intéressant de rapprocher les résultats de l’enquête sur le type projets vers lesquels se tournent plus volontiers les jeunes – tout ce qui est lié à l’environnement et également la solidarité avec les personnes en situation de précarité – avec l’appel au cœur de l’encyclique Laudato si’ de se mettre en chemin « à l’écoute tant de la clameur de la terre que de la clameur des pauvres ».

Dans les échanges qui ont suivi les interventions, Axelle et Lucie ont aussi souligné combien la dimension de fraternité était centrale : aidant ou aidé, accueillant ou accueillis, la distinction n’est pas vraiment pertinente pour elles.  D’ailleurs parmi les bénévoles du Secours Catholique et dans leurs équipes « Young Caritas » il y des personnes qui un jour ont été « aidées » !  Et sur la question religieuse ou spirituelle, Lucie qui se dit non-croyante et Axelle qui dit « ne plus faire partie d’un groupe chrétien depuis que j’ai quitté le lycée et le groupe de confirmation », témoignent toutes les deux de la facilité et de la richesse d’en parler dans des groupes multiculturels et multi-religieux tels que les « Young Caritas ».

Oui vraiment, l’idée que les jeunes ne s’engagent plus est fausse ! Et se mettre à l’écoute de ce qui se vit ici, en suivant l’invitation du dernier synode des évêques à Rome qui parle des jeunes comme d’un « lieu théologique », est particulièrement enrichissant !

Photo © Secours Catholique – Young Caritas