Billet d’un fundraiser : Discerner pour mieux donner

Biennale des bienfaiteurs 2019 - sélection Faire un don 2

Billet d’un fundraiser : Discerner pour mieux donner

Décembre coïncide avec le foisonnement des courriers d’appels à dons reçus dans nos boîtes aux lettres. Certains sont alarmistes, d’autres tâchent de séduire… tous jouent avec nos émotions pour défendre une cause et susciter la générosité. En cette fin d’année 2020, les associations sont particulièrement mobilisées pour faire face aux besoins alourdis par la grave crise que nous traversons. Et si les professionnels de la collecte de dons et les donateurs (comme moi et tant d’autres) reprenaient leur souffle ?

Comment dépasser les ambiguïtés ?

« Oui, il y a une ambiguïté dans le monde chrétien à propos du don », m’expliquaient Geneviève Comeau, religieuse xavière et professeur de théologie au Centre Sèvres, ainsi que Jean-Marc Liautaud, qui soutiendra bientôt une thèse sous sa direction. De nombreux chercheurs ont travaillé sur la gratuité du don, sur l’exhibitionnisme des philanthropes, sur les pièges de l’argent, sur la bonne attitude envers les bénéficiaires… Mais au-delà des motivations du donateur, le geste du don a en soi une valeur propre. Un don scelle une alliance, librement consentie, entre le philantrope et le destinataire du don. Il est relation. Comprenons que le donateur est une personne qui témoigne de l’amour aux autres. Un amour, un lien et une incitation à agir dont nous avons tous particulièrement besoin dans le contexte actuel.

« L’appel aux dons que pratiquent les associations n’est pas seulement un appel à la philanthropie ; il est aussi une pertinence sociale et politique. Donner est un geste de solidarité fondé sur la confiance (dans les associations et les circuits qu’elles font vivre), capable de redonner confiance aux bénéficiaires. Ce n’est pas de l’altruisme plus ou moins idéalisé, mais un choix qui a sa pertinence politique et sa fécondité spirituelle. L’enjeu en est le goût des relations qui tissent nos vies personnelles et collectives ». Geneviève Comeau, extrait de l’ouvrage « Peut-on donner sans condition ? » Editions Bayard 2010

Fais toi proche

L’objectif du don, in fine, c’est bien la fraternité, c’est se tourner vers l’autre, et participer au Bien commun. Il est même essentiel à l’être humain pour s’accomplir pleinement en tant que personne. Le pape François nous invite ainsi, dans sa dernière encyclique Fratelli Tutti, à nous convertir intérieurement pour vivre pleinement l’acte du don : « Je ne dis plus que j’ai des « prochains » que je dois aimer, mais je me sens appelé à devenir un prochain pour les autres. » (paragraphe 81)

Alors, là, oui, je suis heureuse dans mon métier, créateur de liens positifs et vecteur de générosités !

Lucie CONSTANT

Directrice du développement de la Compagnie de Jésus